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Bilan Libanais 10 ans apres

 

Depuis dix ans, les Forces Libanaises mettent en garde contre la dégradation inéluctable de la situation au Liban. C'est malheureusement un aboutissement sûr de toute politique d'oppression qui ne tient pas compte des attentes des citoyens.
Aujourd'hui, on ne peut nier aux Libanais le droit, dans leur désespoir, de se poser des questions légitimes et justifiées. Ils s'interrogent sur l'avenir de leur pays souffrant de la tutelle syrienne. Ils se demandent pourquoi dix ans après la guerre, le Liban n'arrive pas à établir la paix civile. Ils contestent la logique du gouvernement libanais qui refuse d'assumer ses responsabilités au Liban Sud. Ils s'indignent contre l'utilisation par la Syrie de la carte libanaise pour confronter Israël. Ils se révoltent enfin contre l'effondrement total qu'ils ne peuvent contrôler.

I- Au niveau structurel et démographique

a- L'émigration

Une lecture des chiffres publiés entre 1995 et 2000 nous mène vers des conclusions alarmantes. L'émigration de ces six dernières années serait l'équivalente à celle des quinze années de guerre.
La moyenne annuelle des émigrés selon ces statistiques serait passée de 52 000 entre 1990 et 1995 à 178 000 pour la période de 1995 à 1999. L'augmentation serait donc de 30,24 %.

28 % des citoyens libanais ont essayé d'obtenir des visas d'émigration en l'an 2000, alors que 19 % de la population avait fait cette même démarche en 1997 (L'Association internationale des démographes de langue française (AIDELF), Novembre 2000).

41 % des jeunes libanais rêvent de quitter leur pays selon les dernières statistiques du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD).
22 % des jeunes libanais ont déjà présenté des demandes en vue d'une émigration prochaine.

La concentration de l'émigration dans les catégories des jeunes diplômés menace le Liban dans son capital principal, à savoir les ressources humaines. Aucune mesure n'a été prise par le gouvernement libanais pour arrêter cette hémorragie. Il se contente d'idéaliser la diaspora libanaise à travers le monde.

b- Vente de biens immobiliers aux non-Libanais

Sous prétexte d'encourager les investissements au Liban et de diminuer la dette publique, le Liban risque de vendre son âme.

Le 11 décembre 2000, un projet de loi présenté par le gouvernement a permis aux étrangers de s'approprier 3% de chaque caza. Seule la capitale jouira d'un statut spécial, les non-Libanais pouvant devenir propriétaires d'un maximum de 10% de sa superficie totale. Cela sans compter Solidere qui représente environ 10% de la superficie de la capitale et qui a ses propres conditions de vente. Sans compter non plus les superficies vendues avant la loi de 1969. Ceci signifie qu'un non-Libanais peut posséder à Beyrouth des biens acquis avant 1969, 10% de la superficie de Solidere et jusqu'à 10% de la superficie de la capitale.

D'autre part, on découvre une autre clause plus subtile, celle qui exempte de cette loi (3% dans chaque caza, 10% à Beyrouth) toutes les sociétés étrangères. En effet, ces dernières peuvent acquérir une superficie illimitée dans toutes les régions du Liban, sans restriction aucune, à condition d'avoir un partenaire libanais qui détient 51% des actions. La question qui se pose est comment le gouvernement pourra alors contrôler la prolifération de sociétés fictives qui seront la propriété de non-Libanais avec un écran libanais ?

II- Au niveau politique.

a- Les élections législatives de l'an 2000.

Le gouvernement de M. Sélim Hoss a promulgué la loi électorale et a géré les élections de 2000. Ecoutons ce que M. Hoss dit à ce sujet :
" Les élections n'ont été ni démocratiques ni libres. Elles ont été sujettes aux pressions dévastatrices de l'argent politique, à l'influence des médias politisés et aux considérations électoralistes. Les libertés se sont trouvées, paradoxalement, confisquées par ces élections. Les listes électorales étaient déterminées dans les bureaux des services de renseignement syriens et libanais ".

Peter Langst, directeur du Programme des Nations Unies pour la lutte contre la corruption a déclaré suite aux élections législatives que le Liban devrait revoir plusieurs de ses législations et notamment la loi électorale (Journal Annahar 26/01/2001).

Le juge Philippe Khairallah, ancien président du Conseil Suprême de la Magistrature, actuel membre de la commission nationale de lutte contre la corruption, a déclaré : " la lutte contre la corruption commence par une loi électorale équitable qui permettrait que l'élu soit réellement représentatif de son électeur (L'Orient le jour 23/01/2001).

L'ensemble de ces déclarations appuie la position des Forces Libanaises qui mettaient en garde contre des élections pré fabriquées et dont les résultats seraient connus d'avance. Pour que des élections soient démocratiques et représentatives, il faut que la loi électorale prévoit un découpage électoral équitable, qu'elle mette un cadre strict pour le financement des campagnes et qu'elle surveille les média pour informer le citoyen et non pas l'influencer dans son choix.


Le patriarche maronite, S.B. Nasrallah Sfeir, a commenté les élections législatives en ces termes : " Peut-on parler de liberté des élections quand le découpage des circonscriptions noie les chrétiens dans une masse musulmane ? Quand, par conséquent, l'élection des chrétiens, aux sièges qui leur sont réservés, dépend des votes mahométans ? Quand les candidats, enfin, se présentent sur un scrutin de liste dont l'accès est contrôlé par les Syriens ? " (Monde et Vie 11/01/2001).

b- Le Liban Sud, huit mois après le retrait Israélien.

Huit mois après le retrait des troupes israéliennes, le sud du Liban se vide de ses citoyens. Les chrétiens de cette région, victimes de la persécution des services de l'état et des milices intégristes, sont forcés à l'exil et souvent incarcérés. Leur déception fut naturellement énorme en constatant la continuation de la politique de l'abandon, trop longtemps exercée par le pouvoir à Beyrouth.

Voyons d'abord le schéma précédant le retrait des troupes israéliennes.

3250 ouvriers libanais travaillaient en 1997 en Israël pour un revenu moyen de 600 dollars par mois (Rapport du Programme des Nations Unies pour le développement- L'orient Le Jour 17/01/2000).

L'armée du Liban Sud comptait à l'époque près de 3000 hommes pour un revenu moyen similaire.

Ainsi près de 6250 familles dépendaient financièrement d'Israël. Cela représente
30 % de la population de ce qui était communément appelé " la zone de sécurité ". Ajoutons à cela 4 % de la population du sud, en dehors de la zone de sécurité, qui dépendait également de cette conjoncture.

Le retrait Israélien donna lieu à toutes sortes de festivités et de jubilations victorieuses. Mais la population du sud du Liban n'était pas de la fête. Alors que la libération devait être synonyme de leur intégration à la patrie tant attendue, ils ont été de nouveau abandonnés à leur sort ce qui rendait les uns nostalgiques de l'occupation et les autres poussés par le dégoût de la déception sur les routes de l'exil. Ces deux alternatives du désespoir n'œuvrent guère pour le bien du Liban.

Le désespoir des habitants du Sud est essentiellement du à cette impression d'éternel retour d'un cauchemar déjà vécu. Dans les années 70 cette région du Liban a été entièrement abandonnée à son sort. Après une longue période de toute-puissance des milices palestiniennes vint y succéder une période d'occupation israélienne et aujourd'hui l'on assiste au gouvernement des milices intégristes. Ainsi la coopération avec l'occupant n'a jamais été un choix mais une contrainte forcée par l'abandon du pouvoir central à Beyrouth.
Leur seul tort serait donc un attachement à leur terre. En s'accrochant à leurs villages, les citoyens du sud ont défendu l'identité libanaise de leur terre. Cela leur vaut aujourd'hui les pires accusations de collaboration avec l'occupant, la torture et des fois la mort.


1- Le nombre total des anciens membres de l'ALS qui se sont rendus volontairement aux autorités libanaises est de 2929 personnes et ce jusqu'au 16 janvier 2001 (communiqué du juge Nasri Lahoud, commissaire du gouvernement auprès du tribunal militaire- 17/01/2001).

Le tribunal militaire a condamné 2035 d'entre eux à des peines allant de quelques mois à 10 ans de prison. Certains d'entre eux seront interdits de séjour dans leurs villages pour plusieurs années après leur libération. Quelques procès sont toujours en cours. Seuls dix huit détenus ont été acquittés pour avoir servi comme agents doubles au profit des services de renseignement du Hezbollah.

2- Trois détenus sont morts sous la torture. Il s'agit de Gergess Saïd, Barakat Alamil et Abdelmenem Karout.

3- Près de 5000 libanais se sont réfugiés en Israël. Originaires des villages de Kleya, Rmeich, Aïn Ebl, Debl… leur séjour en Israël se passe dans des conditions psychologiques atroces.

4- Le Hezbollah est le maître absolu dans les régions évacuées par l'armée Israélienne. Selon M. Koffi Annan, Secrétaire Général de l'ONU (octobre 2000), le Hezbollah patrouille régulièrement sur la ligne bleue déterminée par la FINUL comme frontière entre le Liban et Israël.

5- Malgré les demandes incessantes des citoyens du sud ainsi que des appels répétés des Nations Unies, des Etats Unis et de la France, le gouvernement libanais reste totalement absent de cette région. Les milices intégristes locales se chargent de la sécurité. Cela sous-entend l'établissement de leur pouvoir sécuritaire, politique et économique absolu.

6- Les incidents qui ponctuent la vie quotidienne des citoyens du sud du Liban illustrent bien nos propos :
- Le Hezbollah a kidnappé 20 citoyens du village d'Aytaroun. C'était le 8 juin 2000. Le sort de nombre d'entre eux est toujours inconnu.
- Le Hezbollah a pris d'assaut l'école des bonnes sœurs de Aïn Ibl. Les cours y furent suspendus par le parti intégriste car la direction de l'école avait interdit le port du foulard islamique dans l'enceinte de l'établissement.
- Des membres armés du mouvement Amal (dont le chef n'est autre que M. Nabih Berri le président du parlement libanais) ont enlevé 3 membres de la Défense Civile du village de Kleya (27/12/2000).
- La sécurité milicienne donne souvent lieu à des conflits comme celui qui a fait 14 blessés parmi les habitants du village de Kantara suite à un différend sur la délimitation des terrains.

7- L'administration et les organismes de l'état sont partagés par les différentes milices comme des butins de guerre. Le mouvement Amal contrôle l'hôpital de Marjeyoun et le Hezbollah contrôle l'hôpital de Saf El Hawa. Il s'agit normalement de deux établissements publics.

8- L'insécurité touche gravement la population civile. Ainsi l'on a assisté à une montée alarmante des vols et des attentats à l'explosif. Une pétition a été signée par les habitants du sud réclamant le limogeage des responsables actuels de la sécurité (Annahar 19/01/2001).

9- Le Hezbollah et le mouvement Amal délivrent en toute impunité des permis de construire causant ainsi une anarchie urbaine sans précédent et irréversible.


III- Au niveau judiciaire et administratif.

a- Le Système Judiciaire

Nous assistons à un phénomène qui consiste à critiquer le système judiciaire par des juges récemment partis à la retraite. Ainsi M. Philippe Khairallah, ancien président du Conseil Suprême de la Magistrature et ancien Président de la Cour de Justice, a appelé au renforcement de l'indépendance du pouvoir judiciaire. " Le juge doit être à l'abri des pressions politiques et des tentations diverses ", ajouta-t-il lors de son interview parue dans l'Orient le Jour du 23/01/2001.
Selon le rapport d'évaluation des Nations Unies (Annahar 23/01/2001), 49,7 % des libanais estiment que le pouvoir judiciaire est corrompu. 59% de la population libanaise croient que les décisions judiciaires ne sont pas indépendantes. 72,9% estiment que la justice est lente et inefficace.
Au lieu d'avoir un pouvoir judiciaire indépendant et garant des droits privés et publics des citoyens, nous assistons à une politisation totale de ce pouvoir qui perd sa crédibilité aux yeux de nos compatriotes.
Aujourd'hui un lien hiérarchique clair s'est installé entre le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire. Les juges sont désignés par les pouvoirs politiques et ils leur doivent une obédience totale. Ainsi, il est publiquement connu qu'un juge tel M. Majed Mozahem est un proche du chef du parlement M. Nabih Berri, et le juge Souheil Bouji fait partie de l'entourage de M. Rafic Hariri chef du gouvernement. M. Bouji a dernièrement été nommé secrétaire général du gouvernement. Ces exemples ne sont guère exhaustifs.

b- La Réforme Administrative :

Après avoir été le grand titre du programme du nouveau régime, la réforme administrative s'est très vite heurtée au manque de vision, à l'absence de détermination et aux diverses considérations affairistes.
Ainsi la réforme administrative qui a eu lieu au début du régime actuel visait essentiellement à virer ceux que le régime précédent avait installés et de mettre à leur place des gens proches du nouveau pouvoir.
M. Habib Hakim, ancien député - maire d'une grande commune du Metn, a été mis en examen suite à la levée de son immunité parlementaire pour détournement de fonds (30 millions de dollars). Dès que M. Hakim a rendu hommage à M. Michel Murr, (ministre de l'intérieur à l'époque de l'accusation et chef pro-syrien tout-puissant dans la région du Metn), il s'est vu blanchi de ses accusations sans qu'il n'y ait de procès.
Il en est de même pour les fonctionnaires proches de M. Nabih Berri. A titre d'exemple, M. Kassem Hamadé, accusé de détournement de fonds dans ses fonctions de directeur général du bureau de contrôle pharmaceutique. Il a été arrêté en juillet 1999 et relâché un mois plus tard malgré la gravité du chef d'accusation. Mohammed Obeid, directeur général mis à disposition pour incompétence va être réintégré dans ses fonctions avec une promotion.

Des proches de M. Rafic Hariri qui ont été mis sur la touche lorsque celui-ci a quitté la tête du gouvernement en 1998, tels M. Fouad Siniora, ancien ministre des finances mis alors en examen pour dilapidation de biens publics, M. Mouhib Itani, ancien directeur général du port de Beyrouth, M. Abdelmenhem Youssef ancien directeur général de la maintenance et de l'investissement au ministère des télécommunications, M. Youssef Annakib ancien directeur de l'organisme OGERO, Nicolas Saba ancien préfet de Beyrouth ont tous été blanchis de leurs accusations dès que M. Hariri a été de nouveau nommé Premier ministre. Quant à M. Siniora il a été désigné comme ministre des finances dans le nouveau gouvernement. Seul M. Camille Asmar, ancien directeur général du patrimoine archéologique, non affilié aux poids lourds du pouvoir, purge une peine de sept ans de prison.


IV- Au niveau économique

a- La dégradation de la situation financière

Un des problèmes économiques majeurs à l'heure actuelle est la hausse continuelle de la dette publique. Cette dette a augmenté de 12,2% les neuf premiers mois de l'an 2000 pour atteindre la somme astronomique de 22,1 milliards de dollars. Fin 1999, elle n'était que de 19,7 Mds. La dette publique libanaise représente ainsi 140 % du P.I.B. A la fin de l'année 2000 on a atteint le triste record de 23 milliards de dollars, représentant un des chiffres les plus élevés à l'échelle mondiale. 45 % des dépenses publiques sont absorbées par les intérêts de la dette publique. Quant au secteur privé il souffre de la hausse des taux d'intérêt, d'une concurrence étrangère déloyale et d'une lenteur excessive dans toutes les démarches administratives. Le coût de la main d'œuvre, le prix exorbitant des matières premières et les prix immobiliers trop élevés ne facilitent pas la tâche des entrepreneurs (Rapport annuel 2000 de l'ESCWA- Comité Economique et Social pour l'Ouest de l'Asie).

b- Le Chômage

La dernière étude officielle sur le chômage au Liban eut lieu en 1997. A cette époque là le chômage était estimé à 8,5 % de la population active. En l'an 2000, après deux années de récession, le taux de chômage selon les estimations, aurait atteint près de 20 % (le Liban occupe ainsi la deuxième place des pays de l'ESCWA derrière le Yémen). Le chômage touche la main d'œuvre qualifiée ainsi que les emplois de base. Le taux de croissance stagne à 0% (Rapport annuel 2000 de l'ESCWA).

La saturation du marché par une main d'œuvre étrangère et notamment syrienne est en grande partie responsable de la baisse des salaires et de la hausse du chômage. En 1995 cette main d'œuvre étrangère représentait jusqu'à 34 % du total de la population libanaise active. En France ce taux est de 6,3 %, il est de 7,9 % en Autriche et de 3 % en Grande Bretagne (M Ibrahim Maroun, docteur en économie pour l'Orient le Jour 14 /01/2000).


c- Le salaire minimum et la valeur réelle de la monnaie nationale.

Le pouvoir d'achat du salaire minimum n'est plus que de 47 % de ce qu'il était avant la guerre de 1975. La moyenne des salaires est en baisse de près de 70 % de sa valeur réelle. Cette situation a porté un coup dur à la classe moyenne, qui a toujours représenté le noyau dur de la société libanaise. Ainsi, au jour d'aujourd'hui, la masse salariale globale ne représente plus que 20 % du P.N.B. Elle a diminué de moitié par rapport à son niveau de 1974 ( Assafir 15/4/2000).
Quant à la monnaie nationale, elle survit grâce aux interventions massives de la banque centrale. Le coût de la stabilisation de la livre libanaise face aux devises depuis 1992 est estimé à 3 ou 4 milliards de dollars. Cela reste sans compter les conséquences sociales et économiques de cette politique monétaire. Parmi ses conséquences les plus directes on peut compter le freinage de la croissance à cause des taux d'intérêt trop élevés (Assafir 15/4/2000).

d- La politique économique

M. James Wolfensohn, Président de la Banque Mondiale, a déclaré lors de sa visite au Liban le 30 janvier 2001, que le gouvernement libanais doit arrêter la politique de l'endettement et revoir toute sa stratégie économique. " C'est seulement suite à un changement radical de la politique économique que le Liban pourrait espérer l'aide des instances financières internationales " a-t-il ajouté. M. Wolfensohn a affirmé que le Liban a atteint le seuil d'endettement maximal.

Le budget présenté par le gouvernement de M. Hariri pour 2001, et voté par le parlement participera à l'aggravation de la situation économique :

- 9975 milliards de livres libanaises (1500 L.L. pour un dollar américain) représentent les dépenses prévues par ce budget. Soit une hausse de 920 milliards de L.L. par rapport à 2000.
- 4900 milliards de L.L. représentent le total des recettes de ce même budget. Il s'agit d'une baisse de 700 milliards de livres par rapport aux estimations du gouvernement précédent.
- Le déficit budgétaire serait donc de 5075 milliards de L.L.
- Le montant des intérêts de la dette publique s'élève à 4300 milliards de L.L.

Le budget prévoit également une hausse des dépenses au profit de l'armée. En l'an 2000 les dépenses dans ce secteur ont atteint 958 milliards de L.L. En 2001 1534 milliards de L.L. seront affectées à l'armée, soit une augmentation de 60%. Les services de renseignement se sont vus octroyer 547 milliards à la place des 356 milliards de l'an 2000, soit une hausse de 53 %. Ainsi le total des dépenses de l'armée et des services de renseignement est de 37,75 % du budget. A titre comparatif, les aides à l'industrie, à l'agriculture, au logement et aux services sociaux ne représentent, regroupés, que 2,8 % du budget (selon les pages économiques des journaux Almoustakbal et Assafir).

En 1999 M. Hariri avait mis en garde contre les dépenses excessives de l'armée et des services de renseignement. Il avait cité alors le chiffre de 1 milliard de dollars en un an pour les services de renseignement et 15 milliards pour l'armée libanaise pour une période de six ans. Faisant partie alors de ladite opposition, M. Hariri avait déploré l'effet néfaste de telles dépenses inconsidérées. Il est donc inquiétant de voir qu'après sa mise en garde, le même M. Hariri consacre aujourd'hui à travers le budget de son gouvernement des sommes aussi colossales pour ce secteur.

Mais les raisons d'un tel appui aux services cités sont assez évidentes. Il est à noter que l'armée et les services de renseignement ont exclusivement des missions internes à caractère policier. Le vide sécuritaire dans le sud du pays en est le témoignage le plus criant.

Tout en louant toute forme d'aide sociale et sanitaire aux citoyens dans le besoin, les Forces Libanaises ne cachent pas leur inquiétude sur deux aspects touchant ce secteur :
795 millions de dollars sont alloués à la santé, l'éducation et les affaires sociales alors que l'agriculture, l'industrie et le tourisme ne bénéficient que de 40 millions de dollars. Outre le déséquilibre flagrant, la qualité des aides sociales ainsi que leur caractère clientéliste nous laissent dubitatifs face aux sommes importantes allouées.


V- Quand la corruption devient un mode de gouvernement.

Le rapport des Nations Unies considère que la corruption sévit au sein de la classe politique libanaise. Cette pratique a des conséquences néfastes contre la croissance économique : elle éloigne les compétences du cercle du pouvoir et aggrave la rupture sociale.
La corruption revêt plusieurs facettes. La plus classique d'entre elles est l'abus de pouvoir et l'enrichissement personnel. Le plus grave reste la soumission de la législation à ces fins. Par extension nous assistons au développement d'une caste de privilégiés qui transgresse toutes les lois allant jusqu'à la confiscation des biens d'autrui. Aucune morale ni règle ne régit l'attribution des marchés publics, si ce n'est la règle scrupuleusement respectée, celle de la recherche de l'intérêt personnel par les décideurs. Les interventions lors des élections tout comme dans les décisions de la justice sont d'autres aspects de la corruption. Nous allons citer ci-après quelques exemples concrets.

a- Le marché de l'électricité.

Ce secteur est au centre d'une polémique scandaleuse. Le Liban est censé avoir une production en électricité de 2277 mégawatts. Le besoin actuel serait de 1700 MWT. L'excédent serait donc 577 MWT. Mais cette production, malgré son excédent, n'empêche pas de voir le pays plonger régulièrement dans l'obscurité. En effet, l'état n'a pas prévu les structures nécessaires pour l'acheminement de cette énergie vers les consommateurs. 4,1 milliards de dollars ont été investis pour de nouvelles centrales électriques alors que le gouvernement a refusé un crédit de 150 millions de dollars, seulement, pour des installations permettant l'acheminement de l'énergie produite.
La surproduction est en elle-même une cause de pannes répétitives au sein du réseau de distribution actuel.
Les raisons politiciennes et clientélistes ont abouti à ce que 720 000 cas d'infraction contre le réseau, avec le coup énorme que cela représente, soient tolérés ou carrément légalisés. Ainsi le sud du pays (des villages autres que ceux qui ont été évacués par Israël), la région de Baalbek, la banlieue sud de Beyrouth et quelques villages du Metn sont exonérés de la redevance d'électricité.
Le coût total du gaspillage au niveau de l'électricité s'élève donc à 500 millions de dollars (Fouad Hamdan, P.D.G. Electricité du Liban- Assafir 29/01/2001). Mohammad Abdelhamid Baydoun, ( mouvement Amal) ministre de l'énergie, a présenté un projet de loi exonérant les consommateurs qui n'ont pas payé leurs factures depuis quatre ans. Etant donné que la majorité de ceux-là sont de la communauté chiite, les raisons de cette proposition sont évidentes.

b- Les téléphones cellulaires et les entreprises Cellis et Liban Cell.

Ces deux entreprises jouissent du monopole des téléphones portables au Liban. Elles appartiennent à des personnalités du monde politique, tel le ministre Najib Mikati et le député Mohsen Dalloul. La justice a beau réclamer 600 millions de dollars à ces deux entreprises pour violation des accords (licence BOT), les décisions de la justice restent lettres mortes depuis la date de l'échéance à savoir le 24 mai 2000.
Dans la série noire de la gestion officielle, 3600 téléphones portables et 18 000 lignes fixes sont pris en charge par le contribuable pour un coût global de 115 millions de dollars (Annahar 20/4/2000).

c- La militarisation de l'administration.

Depuis l'accession du général Emile Lahoud au pouvoir on assiste à une omniprésence des militaires dans les institutions de l'état. Ainsi les officiers ont investi des postes importants dans les ministères et dans toute la structure administrative. Des cellules spécialisées formées d'officiers sont régulièrement créées à la présidence de la république pour intervenir sur des sujets administratifs, négligeant toute forme de hiérarchie et de spécialisation au sein des institutions.

d- Les salaires des députés et leurs avantages.

Parmi les plus grands exploits du parlement libanais fut l'augmentation astronomique des revenus de ses membres. Ainsi le salaire d'un député est l'équivalent de 36 fois le salaire minimum (soit l'équivalent en France de 245 000 F.F. par mois !). En effet le salaire mensuel du député est de 7300 dollars alors que le SMIC est de 200 dollars. Après le deuxième mandat de quatre ans un député pourra bénéficier d'indemnités sa vie durant et sa famille en bénéficiera après sa mort.

e- Le favoritisme généralisé.

- Le président de l'Université Libanaise est désigné par le gouvernement. Or, le chef du parlement, M. Nabih Berri, a exigé que ce poste soit tenu par un chiite. Ainsi il a décidé que Dr Ibrahim Kobaïssi (chiite et proche de lui) sera nommé à cette fonction. Un mois plus tard le gouvernement n'a fait que ratifier la décision de M. Berri.
- M. Hariri a exigé la nomination du général Marwan Zein à la tête des F.S.I. (Forces de Sécurité Intérieure) le 6/12/2000. En fait ce fut sa deuxième tentative étant donné qu'il n'a pas eu le temps de concrétiser la première durant le mandat du président Hraoui.
- L'ingénieur Elie Chédid, ami personnel du président Lahoud a été désigné comme directeur général d'un des plus grands projets de l'état " Alissar ".

f- L'écoute téléphonique.

Aucune loi ni procédure ne gére les écoutes téléphoniques. Ainsi chacun des multiples services de renseignement y va à sa guise sans aucune considération pour le citoyen et ses droits privés et publics. Les dernières installations d'écoute, importées par le Premier ministre en décembre de l'an 2000, nous laissent craindre le pire.

Conclusion

Nous sommes tentés de dire que malheureusement les faits nous donnent raison, d'ailleurs, les plus grandes instances qui se sont penchées sur le problème du Liban sont unanimes que rien ne peut se faire sans une véritable entente nationale, condition incontournable pour une paix interne durable.

M. James Wolfenson, président de la banque mondiale, a insisté là-dessus dans son diagnostic de la crise économique que traverse le pays.

Les propos du ministre saoudien M. Abou Alkhaïl sont d'une vérité déconcertante : " Comment voulez-vous qu'un saoudien investisse au Liban quand il voit que les chrétiens libanais n'osent pas investir dans leur propre pays. Nous savons qu'il faut passer au Liban par des solutions à des problèmes politiques avant d'attirer les investisseurs arabes, sans citer les exigences, beaucoup plus élevées, des investisseurs occidentaux. Le régime politique au Liban est instable. Nous émettons des doutes sur l'avenir d'un pays de quatre millions d'habitants déserté par le quart de sa population " (Al Liwaa décembre 2000).

M. Roy Badaro, membre du directoire de la chambre du commerce de Beyrouth a déclaré :
" Le Liban est comme un avion bimoteur, le moteur chrétien et le moteur musulman. Or le moteur chrétien est en panne depuis plusieurs années. Il faut admettre que l'on ne peut pas parler actuellement d'investissements importants de la part de membres de la communauté chrétienne. Pour dynamiser cette communauté il faut d'abord la rassurer. Personne ne misera sur un bimoteur tant que l'un de ses moteurs est en panne ".


édition février 2001

 

 

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