Depuis
dix ans, les Forces Libanaises mettent en
garde contre la dégradation inéluctable de
la situation au Liban. C'est malheureusement
un aboutissement sûr de toute politique
d'oppression qui ne tient pas compte des
attentes des citoyens.
Aujourd'hui, on ne peut nier aux Libanais le
droit, dans leur désespoir, de se poser des
questions légitimes et justifiées. Ils
s'interrogent sur l'avenir de leur pays
souffrant de la tutelle syrienne. Ils se
demandent pourquoi dix ans après la guerre,
le Liban n'arrive pas à établir la paix
civile. Ils contestent la logique du
gouvernement libanais qui refuse d'assumer ses
responsabilités au Liban Sud. Ils s'indignent
contre l'utilisation par la Syrie de la carte
libanaise pour confronter Israël. Ils se révoltent
enfin contre l'effondrement total qu'ils ne
peuvent contrôler.
I- Au
niveau structurel et démographique
a- L'émigration
Une lecture
des chiffres publiés entre 1995 et 2000 nous
mène vers des conclusions alarmantes. L'émigration
de ces six dernières années serait l'équivalente
à celle des quinze années de guerre.
La moyenne annuelle des émigrés selon ces
statistiques serait passée de 52 000 entre
1990 et 1995 à 178 000 pour la période de
1995 à 1999. L'augmentation serait donc de
30,24 %.
28 % des
citoyens libanais ont essayé d'obtenir des
visas d'émigration en l'an 2000, alors que 19
% de la population avait fait cette même démarche
en 1997 (L'Association internationale des démographes
de langue française (AIDELF), Novembre 2000).
41 % des
jeunes libanais rêvent de quitter leur pays
selon les dernières statistiques du Programme
des Nations Unies pour le Développement (PNUD).
22 % des jeunes libanais ont déjà présenté
des demandes en vue d'une émigration
prochaine.
La
concentration de l'émigration dans les catégories
des jeunes diplômés menace le Liban dans son
capital principal, à savoir les ressources
humaines. Aucune mesure n'a été prise par le
gouvernement libanais pour arrêter cette hémorragie.
Il se contente d'idéaliser la diaspora
libanaise à travers le monde.
b- Vente
de biens immobiliers aux non-Libanais
Sous prétexte
d'encourager les investissements au Liban et
de diminuer la dette publique, le Liban risque
de vendre son âme.
Le 11 décembre
2000, un projet de loi présenté par le
gouvernement a permis aux étrangers de
s'approprier 3% de chaque caza. Seule la
capitale jouira d'un statut spécial, les non-Libanais
pouvant devenir propriétaires d'un maximum de
10% de sa superficie totale. Cela sans compter
Solidere qui représente environ 10% de la
superficie de la capitale et qui a ses propres
conditions de vente. Sans compter non plus les
superficies vendues avant la loi de 1969. Ceci
signifie qu'un non-Libanais peut posséder à
Beyrouth des biens acquis avant 1969, 10% de
la superficie de Solidere et jusqu'à 10% de
la superficie de la capitale.
D'autre part,
on découvre une autre clause plus subtile,
celle qui exempte de cette loi (3% dans chaque
caza, 10% à Beyrouth) toutes les sociétés
étrangères. En effet, ces dernières peuvent
acquérir une superficie illimitée dans
toutes les régions du Liban, sans restriction
aucune, à condition d'avoir un partenaire
libanais qui détient 51% des actions. La
question qui se pose est comment le
gouvernement pourra alors contrôler la prolifération
de sociétés fictives qui seront la propriété
de non-Libanais avec un écran libanais ?
II- Au
niveau politique.
a- Les élections
législatives de l'an 2000.
Le
gouvernement de M. Sélim Hoss a promulgué la
loi électorale et a géré les élections de
2000. Ecoutons ce que M. Hoss dit à ce sujet
:
" Les élections n'ont été ni démocratiques
ni libres. Elles ont été sujettes aux
pressions dévastatrices de l'argent politique,
à l'influence des médias politisés et aux
considérations électoralistes. Les libertés
se sont trouvées, paradoxalement, confisquées
par ces élections. Les listes électorales étaient
déterminées dans les bureaux des services de
renseignement syriens et libanais ".
Peter Langst,
directeur du Programme des Nations Unies pour
la lutte contre la corruption a déclaré
suite aux élections législatives que le
Liban devrait revoir plusieurs de ses législations
et notamment la loi électorale (Journal
Annahar 26/01/2001).
Le juge
Philippe Khairallah, ancien président du
Conseil Suprême de la Magistrature, actuel
membre de la commission nationale de lutte
contre la corruption, a déclaré : " la
lutte contre la corruption commence par une
loi électorale équitable qui permettrait que
l'élu soit réellement représentatif de son
électeur (L'Orient le jour 23/01/2001).
L'ensemble de
ces déclarations appuie la position des
Forces Libanaises qui mettaient en garde
contre des élections pré fabriquées et dont
les résultats seraient connus d'avance. Pour
que des élections soient démocratiques et
représentatives, il faut que la loi électorale
prévoit un découpage électoral équitable,
qu'elle mette un cadre strict pour le
financement des campagnes et qu'elle surveille
les média pour informer le citoyen et non pas
l'influencer dans son choix.
Le patriarche maronite, S.B. Nasrallah Sfeir,
a commenté les élections législatives en
ces termes : " Peut-on parler de liberté
des élections quand le découpage des
circonscriptions noie les chrétiens dans une
masse musulmane ? Quand, par conséquent, l'élection
des chrétiens, aux sièges qui leur sont réservés,
dépend des votes mahométans ? Quand les
candidats, enfin, se présentent sur un
scrutin de liste dont l'accès est contrôlé
par les Syriens ? " (Monde et Vie
11/01/2001).
b- Le Liban Sud, huit mois après le
retrait Israélien.
Huit mois après
le retrait des troupes israéliennes, le sud
du Liban se vide de ses citoyens. Les chrétiens
de cette région, victimes de la persécution
des services de l'état et des milices intégristes,
sont forcés à l'exil et souvent incarcérés.
Leur déception fut naturellement énorme en
constatant la continuation de la politique de
l'abandon, trop longtemps exercée par le
pouvoir à Beyrouth.
Voyons
d'abord le schéma précédant le retrait des
troupes israéliennes.
3250 ouvriers
libanais travaillaient en 1997 en Israël pour
un revenu moyen de 600 dollars par mois
(Rapport du Programme des Nations Unies pour
le développement- L'orient Le Jour
17/01/2000).
L'armée du
Liban Sud comptait à l'époque près de 3000
hommes pour un revenu moyen similaire.
Ainsi près
de 6250 familles dépendaient financièrement
d'Israël. Cela représente
30 % de la population de ce qui était communément
appelé " la zone de sécurité ".
Ajoutons à cela 4 % de la population du sud,
en dehors de la zone de sécurité, qui dépendait
également de cette conjoncture.
Le retrait
Israélien donna lieu à toutes sortes de
festivités et de jubilations victorieuses.
Mais la population du sud du Liban n'était
pas de la fête. Alors que la libération
devait être synonyme de leur intégration à
la patrie tant attendue, ils ont été de
nouveau abandonnés à leur sort ce qui
rendait les uns nostalgiques de l'occupation
et les autres poussés par le dégoût de la déception
sur les routes de l'exil. Ces deux
alternatives du désespoir n'œuvrent guère
pour le bien du Liban.
Le désespoir
des habitants du Sud est essentiellement du à
cette impression d'éternel retour d'un
cauchemar déjà vécu. Dans les années 70
cette région du Liban a été entièrement
abandonnée à son sort. Après une longue période
de toute-puissance des milices palestiniennes
vint y succéder une période d'occupation
israélienne et aujourd'hui l'on assiste au
gouvernement des milices intégristes. Ainsi
la coopération avec l'occupant n'a jamais été
un choix mais une contrainte forcée par
l'abandon du pouvoir central à Beyrouth.
Leur seul tort serait donc un attachement à
leur terre. En s'accrochant à leurs villages,
les citoyens du sud ont défendu l'identité
libanaise de leur terre. Cela leur vaut
aujourd'hui les pires accusations de
collaboration avec l'occupant, la torture et
des fois la mort.
1- Le nombre total des anciens membres de
l'ALS qui se sont rendus volontairement aux
autorités libanaises est de 2929 personnes et
ce jusqu'au 16 janvier 2001 (communiqué du
juge Nasri Lahoud, commissaire du gouvernement
auprès du tribunal militaire- 17/01/2001).
Le tribunal
militaire a condamné 2035 d'entre eux à des
peines allant de quelques mois à 10 ans de
prison. Certains d'entre eux seront interdits
de séjour dans leurs villages pour plusieurs
années après leur libération. Quelques procès
sont toujours en cours. Seuls dix huit détenus
ont été acquittés pour avoir servi comme
agents doubles au profit des services de
renseignement du Hezbollah.
2- Trois détenus
sont morts sous la torture. Il s'agit de
Gergess Saïd, Barakat Alamil et Abdelmenem
Karout.
3- Près de
5000 libanais se sont réfugiés en Israël.
Originaires des villages de Kleya, Rmeich, Aïn
Ebl, Debl… leur séjour en Israël se passe
dans des conditions psychologiques atroces.
4- Le
Hezbollah est le maître absolu dans les régions
évacuées par l'armée Israélienne. Selon M.
Koffi Annan, Secrétaire Général de l'ONU (octobre
2000), le Hezbollah patrouille régulièrement
sur la ligne bleue déterminée par la FINUL
comme frontière entre le Liban et Israël.
5- Malgré
les demandes incessantes des citoyens du sud
ainsi que des appels répétés des Nations
Unies, des Etats Unis et de la France, le
gouvernement libanais reste totalement absent
de cette région. Les milices intégristes
locales se chargent de la sécurité. Cela
sous-entend l'établissement de leur pouvoir sécuritaire,
politique et économique absolu.
6- Les
incidents qui ponctuent la vie quotidienne des
citoyens du sud du Liban illustrent bien nos
propos :
- Le Hezbollah a kidnappé 20 citoyens du
village d'Aytaroun. C'était le 8 juin 2000.
Le sort de nombre d'entre eux est toujours
inconnu.
- Le Hezbollah a pris d'assaut l'école des
bonnes sœurs de Aïn Ibl. Les cours y furent
suspendus par le parti intégriste car la
direction de l'école avait interdit le port
du foulard islamique dans l'enceinte de l'établissement.
- Des membres armés du mouvement Amal (dont
le chef n'est autre que M. Nabih Berri le président
du parlement libanais) ont enlevé 3 membres
de la Défense Civile du village de Kleya
(27/12/2000).
- La sécurité milicienne donne souvent lieu
à des conflits comme celui qui a fait 14
blessés parmi les habitants du village de
Kantara suite à un différend sur la délimitation
des terrains.
7-
L'administration et les organismes de l'état
sont partagés par les différentes milices
comme des butins de guerre. Le mouvement Amal
contrôle l'hôpital de Marjeyoun et le
Hezbollah contrôle l'hôpital de Saf El Hawa.
Il s'agit normalement de deux établissements
publics.
8- L'insécurité
touche gravement la population civile. Ainsi
l'on a assisté à une montée alarmante des
vols et des attentats à l'explosif. Une pétition
a été signée par les habitants du sud réclamant
le limogeage des responsables actuels de la sécurité
(Annahar 19/01/2001).
9- Le
Hezbollah et le mouvement Amal délivrent en
toute impunité des permis de construire
causant ainsi une anarchie urbaine sans précédent
et irréversible.
III-
Au niveau judiciaire et administratif.
a- Le Système
Judiciaire
Nous
assistons à un phénomène qui consiste à
critiquer le système judiciaire par des juges
récemment partis à la retraite. Ainsi M.
Philippe Khairallah, ancien président du
Conseil Suprême de la Magistrature et ancien
Président de la Cour de Justice, a appelé au
renforcement de l'indépendance du pouvoir
judiciaire. " Le juge doit être à
l'abri des pressions politiques et des
tentations diverses ", ajouta-t-il lors
de son interview parue dans l'Orient le Jour
du 23/01/2001.
Selon le rapport d'évaluation des Nations
Unies (Annahar 23/01/2001), 49,7 % des
libanais estiment que le pouvoir judiciaire
est corrompu. 59% de la population libanaise
croient que les décisions judiciaires ne sont
pas indépendantes. 72,9% estiment que la
justice est lente et inefficace.
Au lieu d'avoir un pouvoir judiciaire indépendant
et garant des droits privés et publics des
citoyens, nous assistons à une politisation
totale de ce pouvoir qui perd sa crédibilité
aux yeux de nos compatriotes.
Aujourd'hui un lien hiérarchique clair s'est
installé entre le pouvoir exécutif et le
pouvoir judiciaire. Les juges sont désignés
par les pouvoirs politiques et ils leur
doivent une obédience totale. Ainsi, il est
publiquement connu qu'un juge tel M. Majed
Mozahem est un proche du chef du parlement M.
Nabih Berri, et le juge Souheil Bouji fait
partie de l'entourage de M. Rafic Hariri chef
du gouvernement. M. Bouji a dernièrement été
nommé secrétaire général du gouvernement.
Ces exemples ne sont guère exhaustifs.
b- La Réforme
Administrative :
Après avoir
été le grand titre du programme du nouveau régime,
la réforme administrative s'est très vite
heurtée au manque de vision, à l'absence de
détermination et aux diverses considérations
affairistes.
Ainsi la réforme administrative qui a eu lieu
au début du régime actuel visait
essentiellement à virer ceux que le régime
précédent avait installés et de mettre à
leur place des gens proches du nouveau pouvoir.
M. Habib Hakim, ancien député - maire d'une
grande commune du Metn, a été mis en examen
suite à la levée de son immunité
parlementaire pour détournement de fonds (30
millions de dollars). Dès que M. Hakim a
rendu hommage à M. Michel Murr, (ministre de
l'intérieur à l'époque de l'accusation et
chef pro-syrien tout-puissant dans la région
du Metn), il s'est vu blanchi de ses
accusations sans qu'il n'y ait de procès.
Il en est de même pour les fonctionnaires
proches de M. Nabih Berri. A titre d'exemple,
M. Kassem Hamadé, accusé de détournement de
fonds dans ses fonctions de directeur général
du bureau de contrôle pharmaceutique. Il a été
arrêté en juillet 1999 et relâché un mois
plus tard malgré la gravité du chef
d'accusation. Mohammed Obeid, directeur général
mis à disposition pour incompétence va être
réintégré dans ses fonctions avec une
promotion.
Des proches de M. Rafic Hariri qui ont été
mis sur la touche lorsque celui-ci a quitté
la tête du gouvernement en 1998, tels M.
Fouad Siniora, ancien ministre des finances
mis alors en examen pour dilapidation de biens
publics, M. Mouhib Itani, ancien directeur général
du port de Beyrouth, M. Abdelmenhem Youssef
ancien directeur général de la maintenance
et de l'investissement au ministère des télécommunications,
M. Youssef Annakib ancien directeur de
l'organisme OGERO, Nicolas Saba ancien préfet
de Beyrouth ont tous été blanchis de leurs
accusations dès que M. Hariri a été de
nouveau nommé Premier ministre. Quant à M.
Siniora il a été désigné comme ministre
des finances dans le nouveau gouvernement.
Seul M. Camille Asmar, ancien directeur général
du patrimoine archéologique, non affilié aux
poids lourds du pouvoir, purge une peine de
sept ans de prison.
IV- Au
niveau économique
a- La dégradation de la situation financière
Un des problèmes
économiques majeurs à l'heure actuelle est
la hausse continuelle de la dette publique.
Cette dette a augmenté de 12,2% les neuf
premiers mois de l'an 2000 pour atteindre la
somme astronomique de 22,1 milliards de
dollars. Fin 1999, elle n'était que de 19,7
Mds. La dette publique libanaise représente
ainsi 140 % du P.I.B. A la fin de l'année
2000 on a atteint le triste record de 23
milliards de dollars, représentant un des
chiffres les plus élevés à l'échelle
mondiale. 45 % des dépenses publiques sont
absorbées par les intérêts de la dette
publique. Quant au secteur privé il souffre
de la hausse des taux d'intérêt, d'une
concurrence étrangère déloyale et d'une
lenteur excessive dans toutes les démarches
administratives. Le coût de la main d'œuvre,
le prix exorbitant des matières premières et
les prix immobiliers trop élevés ne
facilitent pas la tâche des entrepreneurs
(Rapport annuel 2000 de l'ESCWA- Comité
Economique et Social pour l'Ouest de l'Asie).
b- Le Chômage
La dernière
étude officielle sur le chômage au Liban eut
lieu en 1997. A cette époque là le chômage
était estimé à 8,5 % de la population
active. En l'an 2000, après deux années de récession,
le taux de chômage selon les estimations,
aurait atteint près de 20 % (le Liban occupe
ainsi la deuxième place des pays de l'ESCWA
derrière le Yémen). Le chômage touche la
main d'œuvre qualifiée ainsi que les emplois
de base. Le taux de croissance stagne à 0%
(Rapport annuel 2000 de l'ESCWA).
La saturation du marché par une main d'œuvre
étrangère et notamment syrienne est en
grande partie responsable de la baisse des
salaires et de la hausse du chômage. En 1995
cette main d'œuvre étrangère représentait
jusqu'à 34 % du total de la population
libanaise active. En France ce taux est de 6,3
%, il est de 7,9 % en Autriche et de 3 % en
Grande Bretagne (M Ibrahim Maroun, docteur en
économie pour l'Orient le Jour 14 /01/2000).
c- Le salaire minimum et la valeur réelle
de la monnaie nationale.
Le pouvoir
d'achat du salaire minimum n'est plus que de
47 % de ce qu'il était avant la guerre de
1975. La moyenne des salaires est en baisse de
près de 70 % de sa valeur réelle. Cette
situation a porté un coup dur à la classe
moyenne, qui a toujours représenté le noyau
dur de la société libanaise. Ainsi, au jour
d'aujourd'hui, la masse salariale globale ne
représente plus que 20 % du P.N.B. Elle a
diminué de moitié par rapport à son niveau
de 1974 ( Assafir 15/4/2000).
Quant à la monnaie nationale, elle survit grâce
aux interventions massives de la banque
centrale. Le coût de la stabilisation de la
livre libanaise face aux devises depuis 1992
est estimé à 3 ou 4 milliards de dollars.
Cela reste sans compter les conséquences
sociales et économiques de cette politique
monétaire. Parmi ses conséquences les plus
directes on peut compter le freinage de la
croissance à cause des taux d'intérêt trop
élevés (Assafir 15/4/2000).
d- La
politique économique
M. James
Wolfensohn, Président de la Banque Mondiale,
a déclaré lors de sa visite au Liban le 30
janvier 2001, que le gouvernement libanais
doit arrêter la politique de l'endettement et
revoir toute sa stratégie économique. "
C'est seulement suite à un changement radical
de la politique économique que le Liban
pourrait espérer l'aide des instances financières
internationales " a-t-il ajouté. M.
Wolfensohn a affirmé que le Liban a atteint
le seuil d'endettement maximal.
Le budget présenté
par le gouvernement de M. Hariri pour 2001, et
voté par le parlement participera à
l'aggravation de la situation économique :
- 9975
milliards de livres libanaises (1500 L.L. pour
un dollar américain) représentent les dépenses
prévues par ce budget. Soit une hausse de 920
milliards de L.L. par rapport à 2000.
- 4900 milliards de L.L. représentent le
total des recettes de ce même budget. Il
s'agit d'une baisse de 700 milliards de livres
par rapport aux estimations du gouvernement précédent.
- Le déficit budgétaire serait donc de 5075
milliards de L.L.
- Le montant des intérêts de la dette
publique s'élève à 4300 milliards de L.L.
Le budget prévoit
également une hausse des dépenses au profit
de l'armée. En l'an 2000 les dépenses dans
ce secteur ont atteint 958 milliards de L.L.
En 2001 1534 milliards de L.L. seront affectées
à l'armée, soit une augmentation de 60%. Les
services de renseignement se sont vus octroyer
547 milliards à la place des 356 milliards de
l'an 2000, soit une hausse de 53 %. Ainsi le
total des dépenses de l'armée et des
services de renseignement est de 37,75 % du
budget. A titre comparatif, les aides à
l'industrie, à l'agriculture, au logement et
aux services sociaux ne représentent, regroupés,
que 2,8 % du budget (selon les pages économiques
des journaux Almoustakbal et Assafir).
En 1999 M.
Hariri avait mis en garde contre les dépenses
excessives de l'armée et des services de
renseignement. Il avait cité alors le chiffre
de 1 milliard de dollars en un an pour les
services de renseignement et 15 milliards pour
l'armée libanaise pour une période de six
ans. Faisant partie alors de ladite
opposition, M. Hariri avait déploré l'effet
néfaste de telles dépenses inconsidérées.
Il est donc inquiétant de voir qu'après sa
mise en garde, le même M. Hariri consacre
aujourd'hui à travers le budget de son
gouvernement des sommes aussi colossales pour
ce secteur.
Mais les
raisons d'un tel appui aux services cités
sont assez évidentes. Il est à noter que
l'armée et les services de renseignement ont
exclusivement des missions internes à caractère
policier. Le vide sécuritaire dans le sud du
pays en est le témoignage le plus criant.
Tout en
louant toute forme d'aide sociale et sanitaire
aux citoyens dans le besoin, les Forces
Libanaises ne cachent pas leur inquiétude sur
deux aspects touchant ce secteur :
795 millions de dollars sont alloués à la
santé, l'éducation et les affaires sociales
alors que l'agriculture, l'industrie et le
tourisme ne bénéficient que de 40 millions
de dollars. Outre le déséquilibre flagrant,
la qualité des aides sociales ainsi que leur
caractère clientéliste nous laissent
dubitatifs face aux sommes importantes allouées.
V-
Quand la corruption devient un mode de
gouvernement.
Le rapport
des Nations Unies considère que la corruption
sévit au sein de la classe politique
libanaise. Cette pratique a des conséquences
néfastes contre la croissance économique :
elle éloigne les compétences du cercle du
pouvoir et aggrave la rupture sociale.
La corruption revêt plusieurs facettes. La
plus classique d'entre elles est l'abus de
pouvoir et l'enrichissement personnel. Le plus
grave reste la soumission de la législation
à ces fins. Par extension nous assistons au développement
d'une caste de privilégiés qui transgresse
toutes les lois allant jusqu'à la
confiscation des biens d'autrui. Aucune morale
ni règle ne régit l'attribution des marchés
publics, si ce n'est la règle scrupuleusement
respectée, celle de la recherche de l'intérêt
personnel par les décideurs. Les
interventions lors des élections tout comme
dans les décisions de la justice sont
d'autres aspects de la corruption. Nous allons
citer ci-après quelques exemples concrets.
a- Le
marché de l'électricité.
Ce secteur
est au centre d'une polémique scandaleuse. Le
Liban est censé avoir une production en électricité
de 2277 mégawatts. Le besoin actuel serait de
1700 MWT. L'excédent serait donc 577 MWT.
Mais cette production, malgré son excédent,
n'empêche pas de voir le pays plonger régulièrement
dans l'obscurité. En effet, l'état n'a pas
prévu les structures nécessaires pour
l'acheminement de cette énergie vers les
consommateurs. 4,1 milliards de dollars ont été
investis pour de nouvelles centrales électriques
alors que le gouvernement a refusé un crédit
de 150 millions de dollars, seulement, pour
des installations permettant l'acheminement de
l'énergie produite.
La surproduction est en elle-même une cause
de pannes répétitives au sein du réseau de
distribution actuel.
Les raisons politiciennes et clientélistes
ont abouti à ce que 720 000 cas d'infraction
contre le réseau, avec le coup énorme que
cela représente, soient tolérés ou carrément
légalisés. Ainsi le sud du pays (des
villages autres que ceux qui ont été évacués
par Israël), la région de Baalbek, la
banlieue sud de Beyrouth et quelques villages
du Metn sont exonérés de la redevance d'électricité.
Le coût total du gaspillage au niveau de l'électricité
s'élève donc à 500 millions de dollars
(Fouad Hamdan, P.D.G. Electricité du Liban-
Assafir 29/01/2001). Mohammad Abdelhamid
Baydoun, ( mouvement Amal) ministre de l'énergie,
a présenté un projet de loi exonérant les
consommateurs qui n'ont pas payé leurs
factures depuis quatre ans. Etant donné que
la majorité de ceux-là sont de la communauté
chiite, les raisons de cette proposition sont
évidentes.
b- Les téléphones cellulaires et les
entreprises Cellis et Liban Cell.
Ces deux
entreprises jouissent du monopole des téléphones
portables au Liban. Elles appartiennent à des
personnalités du monde politique, tel le
ministre Najib Mikati et le député Mohsen
Dalloul. La justice a beau réclamer 600
millions de dollars à ces deux entreprises
pour violation des accords (licence BOT), les
décisions de la justice restent lettres
mortes depuis la date de l'échéance à
savoir le 24 mai 2000.
Dans la série noire de la gestion officielle,
3600 téléphones portables et 18 000 lignes
fixes sont pris en charge par le contribuable
pour un coût global de 115 millions de
dollars (Annahar 20/4/2000).
c- La
militarisation de l'administration.
Depuis
l'accession du général Emile Lahoud au
pouvoir on assiste à une omniprésence des
militaires dans les institutions de l'état.
Ainsi les officiers ont investi des postes
importants dans les ministères et dans toute
la structure administrative. Des cellules spécialisées
formées d'officiers sont régulièrement créées
à la présidence de la république pour
intervenir sur des sujets administratifs, négligeant
toute forme de hiérarchie et de spécialisation
au sein des institutions.
d- Les
salaires des députés et leurs avantages.
Parmi les
plus grands exploits du parlement libanais fut
l'augmentation astronomique des revenus de ses
membres. Ainsi le salaire d'un député est l'équivalent
de 36 fois le salaire minimum (soit l'équivalent
en France de 245 000 F.F. par mois !). En
effet le salaire mensuel du député est de
7300 dollars alors que le SMIC est de 200
dollars. Après le deuxième mandat de quatre
ans un député pourra bénéficier d'indemnités
sa vie durant et sa famille en bénéficiera
après sa mort.
e- Le
favoritisme généralisé.
- Le président
de l'Université Libanaise est désigné par
le gouvernement. Or, le chef du parlement, M.
Nabih Berri, a exigé que ce poste soit tenu
par un chiite. Ainsi il a décidé que Dr
Ibrahim Kobaïssi (chiite et proche de lui)
sera nommé à cette fonction. Un mois plus
tard le gouvernement n'a fait que ratifier la
décision de M. Berri.
- M. Hariri a exigé la nomination du général
Marwan Zein à la tête des F.S.I. (Forces de
Sécurité Intérieure) le 6/12/2000. En fait
ce fut sa deuxième tentative étant donné
qu'il n'a pas eu le temps de concrétiser la
première durant le mandat du président
Hraoui.
- L'ingénieur Elie Chédid, ami personnel du
président Lahoud a été désigné comme
directeur général d'un des plus grands
projets de l'état " Alissar ".
f- L'écoute téléphonique.
Aucune loi ni
procédure ne gére les écoutes téléphoniques.
Ainsi chacun des multiples services de
renseignement y va à sa guise sans aucune
considération pour le citoyen et ses droits
privés et publics. Les dernières
installations d'écoute, importées par le
Premier ministre en décembre de l'an 2000,
nous laissent craindre le pire.
Conclusion
Nous sommes
tentés de dire que malheureusement les faits
nous donnent raison, d'ailleurs, les plus
grandes instances qui se sont penchées sur le
problème du Liban sont unanimes que rien ne
peut se faire sans une véritable entente
nationale, condition incontournable pour une
paix interne durable.
M. James
Wolfenson, président de la banque mondiale, a
insisté là-dessus dans son diagnostic de la
crise économique que traverse le pays.
Les propos du
ministre saoudien M. Abou Alkhaïl sont d'une
vérité déconcertante : " Comment
voulez-vous qu'un saoudien investisse au Liban
quand il voit que les chrétiens libanais
n'osent pas investir dans leur propre pays.
Nous savons qu'il faut passer au Liban par des
solutions à des problèmes politiques avant
d'attirer les investisseurs arabes, sans citer
les exigences, beaucoup plus élevées, des
investisseurs occidentaux. Le régime
politique au Liban est instable. Nous émettons
des doutes sur l'avenir d'un pays de quatre
millions d'habitants déserté par le quart de
sa population " (Al Liwaa décembre
2000).
M. Roy
Badaro, membre du directoire de la chambre du
commerce de Beyrouth a déclaré :
" Le Liban est comme un avion bimoteur,
le moteur chrétien et le moteur musulman. Or
le moteur chrétien est en panne depuis
plusieurs années. Il faut admettre que l'on
ne peut pas parler actuellement
d'investissements importants de la part de
membres de la communauté chrétienne. Pour
dynamiser cette communauté il faut d'abord la
rassurer. Personne ne misera sur un bimoteur
tant que l'un de ses moteurs est en panne
".
édition
février 2001
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