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Samir Geagea et Le Goulaq Libanais 

La vocation de ce document relève de notre devoir d'informer 1'opinion publique, locale et internationale, de la situation dans laquelle se trouve Samir Geagea, et de répondre à certaines questions, que se posent avec insistance tous ceux qui suivent de près son affaire et se préoccupent de son sort. Nous insistons sur le lien qui existe entre ce qu'il endure personnellement et ce dont pâtit, par conséquent, une grande partie des Libanais.

L'opinion publique a vu dans le box des accusés, devant la Cour de Justice,  un homme vers la moitié de la quarantaine, pâle, aux yeux enfoncés, chétif… Il est du droit de 1'opinion publique et de quiconque a connu Samir Geagea avant son incarcération,  plein de vigueur et de vitalité, de prendre connaissance de ce qui suit:

1 - Depuis 2500 jours, Samir Geagea est enterré vivant dans une cellule microscopique du troisième sous-sol du Ministère libanais de la Défense. Soumis au régime de l’internement cellulaire,  il vit une effroyable solitude, sans la lumière du jour, respirant un air vicié, dans des conditions de détention totalement barbares. 2500 jours de cauchemar imposé à un homme dont le procès est une farce digne des plus sinistres mascarades staliniennes.

2 - Le seul moment où il peut voir une autre personne ou parler avec elle, se limite aux quelques instants de 1'entrevue autorisée avec ses avocats ou ses parents, à travers un isoloir en verre dont les minuscules trous laissent difficilement entendre une voix même haute.

3 – Il est interdit du droit légal de communiquer confidentiellement avec ses avocats, son contact avec eux ne se faisant qu'à travers 1'isoloir déjà décrit, ce qui ne leur assure pas jusqu'à présent les conditions de 1'exercice de leur droit sacré de la défense.

4 - Samir Geagea est depuis près de sept ans privé du droit de serrer la main de son épouse, de son père, de sa mère, de ses avocats et de qui ce soit, sachant que ce « règlement » n’a été modifié que depuis quelques mois, où on a permis à ses parents de le rencontrer dans un bureau, en la présence et sous la surveillance d’un agent militaire des services de renseignement.

5 - Le droit, élémentaire et légal, de Samir Geagea, de sortir en plein air, de se promener, de faire du sport, fixé par la loi à une durée d’au moins trois heures par jour, se trouve diminué et bafoué. La sortie en plein air se limite seulement à une heure sur vingt-quatre, et ceci d'une façon irrégulière et dans une atmosphère oppressante et accablante.

6 -  Samir Geagea vit en marge de la vie. Il est privé du droit de s'informer et de suivre le cours des évènements extérieurs. Il est 1'unique prisonnier au Liban, privé du droit de se doter d'un poste radio individuel. Il lui est interdit de lire un journal ou une revue, de recevoir n’importe quelle lettre, papier ou document, même se rapportant à ses dossiers judiciaires. Il n'a aucun moyen de communiquer avec le monde extérieur, sauf les brefs moments de 1'entrevue à travers l'isoloir en verre épais, sous une stricte surveillance directe et audiovisuelle.

7-  Samir Geagea vit dans 1'obscurité et 1'isolement. Ainsi, quand on le sort de son internement cellulaire pour une entrevue ou une audience, ses yeux sont bandés et parfois ses mains menottées. Il ne peut avoir les yeux ouverts qu'après avoir traversé les étages du sous-sol.

Tous ces faits sont une violation scandaleuse de la Constitution libanaise, et particulièrement du paragraphe "B" de la partie "Règles fondamentales", qui stipule que : "Le Liban adhère à la Déclaration Universelle des Droits de 1'Homme" et "L'Etat se doit d'incarner ces principes dans les différents domaines et champs sans exception". Il en est de même du paragraphe "E" desdites règles, qui énonce que : "Le régime est fondé sur le principe de la séparation des pouvoirs...", de l'article sept de la Constitution qui stipule que : "tous les Libanais sont égaux devant la loi", ainsi que de 1'article huit qui énonce qu'il “ n'est possible de désigner une peine que conformément à la loi." Cette violation va à l’encontre même de la presque totalité des articles des lois libanaises régissant l’administration des prisons et les droits des prisonniers.

Il s'en suit que Samir Geagea subit, en fait et en pratique, une multitude de peines corporelles et morales, non édictées par la loi, et non infligées par les autorités compétentes.

Le maintien de Samir Geagea dans les conditions et à l'endroit ci-haut décrits, enfreint tous les principes humains, toutes les législations pénales, toutes les règles régissant le traitement des détenus, et tous les droits reconnus à tout prisonnier quel qu’il soit, et quels que soient les actes qu'on lui reproche ou les verdicts prononcés contre lui. Ces législations sont reconnues et appliquées dans tous les états qui adhèrent à la Déclaration Universelle des Droits de 1'Homme : en premier lieu, le droit aux soins de santé, à I'hygiène, à l’air frais, à la lumière du soleil, à la vie sociale, à I'information, et très particulièrement le droit à la dignité, au traitement équitable et à la non-humiliation par des mesures et pratiques, de nature à porter atteinte à sa personne humaine, à l’intimider et à blesser ses sentiments.

Aucun état civilisé du monde n'impose à un prisonnier le régime de l’internement cellulaire pour une durée excédant les quinze jours. Dans les cas extrêmes, la durée de l’application de cette mesure ne peut dépasser les quarante-cinq jours. Aussi I'isolement ne peut – il être imposé ne fut-ce qu'un jour, que conformément à une peine émanant d'une autorité compétente, accompagnée d'une justification légale et régulière, et soumise à un contrôle.

Nous nous abstenons, ici, d'aborder l’autre sujet, bien connu de tout le monde, et qui constitue bien sûr le fondement même de l’affaire de Samir Geagea. Que dire alors du  camouflage de I'aspect politique de sa détention, consistant à lui attribuer toute sorte de crime ? Du fait de le soumettre à une série de mesures à caractère vindicatif, visant à le briser moralement et à le liquider physiquement ? De la volonté délibérée d'attiser un état général d'oppression  nationale ?…

Avec une insistance et une détermination absolues, et sur base de motifs moraux, nationaux et humains, nous estimons absolument prioritaires d’obtenir pour Samir Geagea le droit à la sécurité, dans toutes ses dimensions et sous toutes ses formes. Nous estimons qu'il est indispensable de lancer un nouvel appel, réitéré et solennel, à toutes les autorités libanaises ou concernées, à tous les responsables spirituels et civils, ainsi qu'aux instances sociales et aux organisations humanitaires, au Liban et dans le monde, afin qu'ils soient au courant de la situation réelle de Samir Geagea et de son état de santé, et qu’ils agissent en toute responsabilité.

L'état de santé de Samir Geagea suscite une vive inquiétude. Un seul coup d’œil porté à sa dernière photo parue dans la presse et à la télévision, suffit à montrer 1'étendue du danger imminent menaçant sa vie : Il serait vain de se contenter des rapports officiels mensongers et fabriqués de toutes pièces.

Enfin, 

En dépit de la hargne et du désir de vengeance qui se déchaînent contre lui… En dépit de 1'insistance à réprimer ceux qui partagent avec lui une quelconque conviction… Nous nous refusons toujours à croire que tout cela puisse atteindre le seuil de la volonté de poursuivre le processus du meurtre au ralenti…

Samir Geagea a eu 1'audace et la fierté suffisantes pour refuser à deux reprises, les flatteries d’un poste ministériel, et ceci pour des raisons de principe, relevant de son appréciation de 1'intérêt supérieur de la nation. Il a eu le courage bien rare de se mettre à la disposition de la Justice, par des temps de tergiversations et de veuleries. Il restera fortement attaché à ses principes et ses convictions.

Nous réclamons, nous les Forces Libanaises, avec sa famille et ses amis, de la part de tout responsable concerné, une ultime prise de conscience, dans le but de sauver immédiatement  la vie de Samir Geagea et d’assurer sa libération.

 

 

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