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Un Homme Une Cause 

Nombreux sont ceux qui évoquent aujourd'hui, avec courage, les conditions inhumaines de l'incarcération de Samir Geagea. Ils dénoncent avec lucidité l'iniquité des procès qui l'ont visé. Quant à nous, Forces Libanaises, compagnons de Samir Geagea, nous essayons à travers ce papier d'apporter des éléments de réponse à quelques questions. Comment un prisonnier a-t-il réussi à incarner les aspirations d'une génération ? Comment un homme accusé des pires atrocités est-il parvenu à devenir le symbole de la dignité nationale ? Quel est le véritable lien entre Samir Geagea et le Liban ?

A- Samir Geagea : Quel pari ?

En 1989 les accords de Taëf ont vu le jour, sous le patronage des instances internationales. Ils visaient à mettre fin à 15 années de guerre au Liban. A travers ces accords la communauté chrétienne reconnaît l'identité arabe du Liban et accepte des réformes constitutionnelles au profit de la communauté musulmane. En contre partie tous les libanais réclament d'une seule voix l'indépendance et la souveraineté du Liban et appellent au retrait de toutes les troupes militaires étrangères du Liban (notamment israéliennes et syriennes).

La nouvelle constitution fut largement inspirée par ces accords.
Les Forces Libanaises, à leur tête le Dr Samir Geagea, avaient appuyé les accords de Taëf et ont entamé avec enthousiasme ce qu'il croyaient être la période après-guerre. M. Lakhdar Elibrahimi, représentant actuel du Secrétaire Général des Nations Unies et émissaire de la Troika Arabe à l'époque, a clairement signalé le rôle important qu'a joué Samir Geagea dans le processus de paix au Liban (Alwasat 24/11/97).
Or, les premiers balbutiements de l'application de cet accord ont été de mauvaise augure. Le déséquilibre national entre les différentes communautés, la non-représentativité des gens au pouvoir, l'absence de la souveraineté nationale et les ingérences syriennes permanentes dans les affaires libanaises internes, voilà quelques exemples de la situation au lendemain de Taëf.
Voyant la situation aller dans un sens opposé au cours normal de la paix civile, Samir Geagea a exercé son droit de leader national. Le premier de ces droits était de dénoncer clairement l'incapacité de l'état, le plus noble de ses droits, son devoir, était de refuser à deux reprises des postes ministériels. Il ne pouvait en aucun cas cautionner une politique contre les intérêts du Liban et des Libanais. Il s'est ainsi consacré à l'organisation de son parti, le nôtre, à l'élaboration d'un projet national et à la formation des cadres. C'est ainsi qu'il comprenait la démocratie et c'est démocratiquement qu'il voulait contribuer à l'évolution de la société. Or, les élections de 1992 enfonçaient le pays dans le déséquilibre communautaire et dans la soumission. Samir Geagea fut alors la figure emblématique du boycott de ces élections.

B- La réaction

Les prises de position de Samir Geagea n'ont guère plu à la Syrie ni à ses hommes au pouvoir à Beyrouth. Etant donné que le leader des Forces Libanaises avait refusé les postes ministériels qu'on lui a proposés, étant donné qu'il ne s'est pas résigné devant le fait accompli, étant donné qu'il a refusé de quitter le pays il ne restait qu'une solution pour l'éliminer. Un procès, voire plusieurs, le conduisant inéluctablement sous les verrous et détruisant son image à jamais.
L'église de Zouk a ainsi explosé le 27 avril 1994 faisant des dizaines de morts et de blessés. Bien avant les premiers éléments de l'enquête, Samir Geagea fut accusé, incarcéré et les Forces Libanaises dissoutes. La loi d'amnistie votée après Taëf, une loi malsaine et inéquitable à travers son article deux, ne couvre plus les Forces Libanaises. Devant l'indignation de l'opinion publique face à l'énorme mensonge accusant les Forces Libanaises d'un tel méfait, Samir Geagea fut acquitté dans l'affaire de l'église mais la porte était ouverte devant toutes sortes d'accusations et toutes sortes de procès. Les F.L. sont ainsi toujours dissoutes et Samir Geagea toujours en prison.


C- Un symbole

Il est rare qu'un peuple s'identifie à un homme, de sus un prisonnier, tel que les Libanais et surtout la communauté chrétienne, s'identifient à Samir Geagea. Comme Samir Geagea, les Libanais n'ont pas le droit de s'exprimer. Comme Samir Geagea, les Libanais ne sont pas libres. Comme Samir Geagea, ils refusent de se résigner devant le fait accompli. Tout comme lui, ils savent que la communauté internationale ne s'est guère préoccupée de leur sort et qu'ils sont supposés vivre en sursis, dans l'attente d'une évolution aléatoire d'un certain processus de paix au Proche-Orient. Seul, le corps en prison et l'esprit libre, il l'est, ils le sont.
Ainsi, un sondage réalisé par Information International et publié dans le quotidien Annahar le 6 août 1996 a donné Samir Geagea comme étant l'homme politique le plus aimé par les Libanais.
Quant à la communauté chrétienne, elle sait qu'elle est la victime d'un complot savamment fomenté par les ennemis du Liban. Elle est marginalisée et Samir Geagea, dans sa cellule, est le symbole vivant de cette marginalisation. Mais contrairement à lui, amers et déçus après tant d'espoir, les chrétiens sont en train de quitter le pays par dizaines de milliers.
Il est quand même à noter, que la popularité des Forces Libanaises est en train de croître au sein de la jeunesse. Ceux qui ont aujourd'hui 20 ans n'ont pas connu la guerre. Ils n'ont pas connu Samir Geagea non plus. Mais ils n'hésitent pas à descendre par milliers dans les rues pour crier leur soif de liberté. La prison, l'humiliation et la torture leur paraissent comme un prix raisonnable pour sauver le pays. Ils suivent l'exemple.
Le résultat des élections municipales de 1998 ainsi que les scrutins des élections estudiantines et syndicales démontrent clairement le poids des F.L. dans la vie politique libanaise. Les ennemis du Liban sont perplexes devant ce constat : Les Forces Libanaises sont aujourd'hui à l'apogée de leur puissance populaire.

D- Samir Geagea : une cause nationale.

Il suffit de dresser la liste de ceux qui dénoncent l'incarcération de Samir Geagea et réclament sa libération pour voir indubitablement qu'il ne s'agit plus de l'affaire d'un homme mais d'une cause nationale :
S.B. Nasrallah Sfeir, le Patriarche Maronite ainsi que le conseil des évêques maronites.
Feu Cheikh Maohammed Mehdi Chamseddine, chef du Conseil Supérieur Chiite.
M. Amin Gemayel, ancien président de la république.
M. Walid Joumblatt, ancien ministre et chef du parti socialiste progressiste.
M. Kamel Elassaad, ancien chef du parlement.
M. Pierre Helou, ministre.
M. Fouad Boutros, ancien ministre.
M. Edmond Rizk, ancien ministre.
Les députés : Albert Moukhaïber, Nassib Lahoud, Farès Souaïd, Akram Chéhaïb, Salah Honein, Maurice Fadel, Abbas Elhachem, Mikhaël Aldaher, Pierre Amin Gemayel, Ghattas Khoury, Michel Pharaon, Boutros Harb, Farès Boueiz, Nemetallah Abi Nasr…
L'ancien député Jamil Chammas.
L'ancien secrétaire général du parti communiste libanais M. Georges Haoui.
M. Salim Aazar membre du conseil constitutionnel, M. Mounif Hamdan juge à la retraite, le bâtonnier Chakib Kourtbaoui, feu M. Youssef Gibran ancien président du haut conseil de la magistrature et ancien ministre, Docteur Edmond Naïm ancien président de la Banque du Liban…
Les journalistes et les intellectuels : Edmond Saab, Gibran Tueini, Samir Kassir, Mohammed Abi Samra, Bilal Khbeiz, Elias Khoury, Abdel Wahhab Badrakhan, Sateh Noureddine, Wael Kheir, Samir Frangié, Simon Karam, Nahla El Chahal, Ibrahim Kanaan…
Les artistes : Ziad Rahbani, Jalal Khoury, Oussama Rahbani, Ghassan Rahbani…

E- Avis aux amateurs de paix.

Le préambule de la constitution libanaise dit cela : "Il ne peut y avoir de légalité reconnue pour tout pouvoir qui contrevient au pacte de la coexistence ". Ce que nous réclamons est inspiré de cette phrase. Le Liban reprendra vie quand l'équilibre entre les différentes communautés sera rétabli. Pour que la communauté chrétienne se sente de nouveau intégrée et active au sein de la vie politique nationale elle réclame, avec les libanais honnêtes de tout bord, la libération de Samir Geagea. Le chef des Forces Libanaises devra être libéré par l'amendement de la loi d'amnistie de 1992. Cette amnistie ne doit pas être interprétée comme victoire politique, mais une pierre dans l'édifice de l'entente nationale.
La loi de dissolution des Forces Libanaises doit être annulée sans plus tarder.

En 1990 Samir Geagea a fait le pari de la paix. Il a cru en un Liban pluriel et uni. Il fallait du courage et de l'espoir, il n'en a pas manqué. Aujourd'hui, la jeunesse voit l'accord de Taëf comme un acte de reddition, alors qu'il était censé être un accord pour une paix durable. Aujourd'hui notre jeunesse voit dans l'espoir de la paix en 1989 une farce et un pari perdu. Aujourd'hui notre jeunesse voit dans les institutions libanaises des outils de répression et de domination.
Tant que Samir Geagea est en prison, les libanais resteront prisonniers de leur désenchantement. En libérant Samir Geagea nous libérons l'espoir, matériau irremplaçable pour la construction des nations.

 

 

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