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édition
Mars 2000
Objet
: Mémorandum sur les négociations de paix au Moyen-Orient
Le Liban se trouve situé à un point de rencontre
entre trois continents, au carrefour du monde ancien
et du monde moderne, entre le Nord et le Sud, la Méditerranée
et le désert.
Dessiné sur une géographie torturée, le Liban a eu
d'énormes ennuis depuis son indépendance.
Outre l'équilibre
structurel fragile du Liban, dû essentiellement à
son partage entre 17 confessions, un élément déterminant
est venu se greffer à celui-ci en 1948, à savoir une
immigration palestinienne qui n'a pas tardé à se
structurer et à s'armer à partir des camps de réfugiés.
Alors que tout le monde croyait que les Palestiniens
allaient combattre Israël, ceux-ci ont mené la
guerre contre leur pays d'accueil.
Le Liban
a ainsi été transformé en terrain d'affrontement
entre les différents belligérants de la région,
avec un état central faible et passif.
Messieurs,
Après
quatre années de suspension, les négociations de
paix donnent des signes de vie. Nous nous réjouissons
de chaque pas vers une paix durable dans la région
qui ne peut avoir que des répercussions positives sur
notre pays et notre peuple.
Nous vivons aujourd'hui dans un monde qui est de plus
en plus attaché aux vertus de la liberté, de la
justice et de la paix. Tout le monde revendique de nos
jours l'application de la déclaration des droits de
l'Homme.
Au
Kosovo comme dans le Timor oriental le monde entier a
pu vérifier ces nouvelles aspirations. C'est à cela
que rêvent les libanais, tous les libanais.
La communauté internationale semble de plus en plus
engagée pour la cause des peuples opprimés et prête
à s'investir sérieusement pour voir ces peuples
jouir de leurs droits et notamment celui de décider
de leur sort.
Hormis
le cadre de l'intervention pour empêcher des formes
de massacres collectifs, de crimes contre l'humanité
et d'épurations ethniques, l'ingérence entre les
différents pays n'est plus acceptée et les liens d'égal
à égal sont encouragés. L'économie, la politique
et la culture sont désormais de plus en plus soumises
à cette règle.
Messieurs,
En vous
regardant nous regardons vers l'avenir. Notre passé
proche est imposant. Quinze années de guerre civile,
des dizaines de milliers de morts et de handicapés,
des centaines de milliers de déplacés et d'émigrés.
Nous avons payé un lourd tribut. Il est encore plus
lourd à porter quand nous regardons notre réalité
actuelle. Dix ans après les accords de Taëf la réconciliation
nationale n'est pas réalisée, la souveraineté n'est
pas retrouvée et la stabilité est plus que précaire.
Nous
rappelons, si nécessaire, que ces accords visaient à
réaliser la paix civile, à reconstruire les
institutions et à retrouver la souveraineté
nationale. Ils ont été cautionnés par les pays
arabes comme par les pays occidentaux. Nous avons
accepté ces accords, malgré beaucoup de failles qui
les entachaient, car nos premières priorités étaient
et restent, dans l'ordre : l'entente nationale et la
souveraineté.
Les déboires
de la suite furent amers. Néanmoins nos regards se
tournent vers l'avenir.
Messieurs,
Vous n'êtes
pas sans deviner le poids étouffant de l'occupation
syrienne du Liban. La présence de 35000 soldats
syriens ainsi que de plusieurs milliers d'agents de
renseignement, permet à la Syrie de diriger les
moindres détails de la vie publique libanaise. En ôtant
au Liban sa souveraineté et sa structure
constitutionnelle, la Syrie lui vole ses intérêts et
assassine son avenir. Elle l'asservit.
Nous sommes tout à fait conscients des réalités géopolitiques
mais nous refusons d'être le seul pays entièrement
occupé de la planète. Un quart de siècle
d'occupation syrienne ont vidé le Liban de sa spécificité,
exceptionnelle dans cette région du monde à savoir
la démocratie, la tolérance et le respect des droits
de l'Homme.
Toute approche des négociations de paix qui négligerait
cette donnée tragique au Liban serait une caution
pour ce malheur qui frappe notre peuple et une consécration
de la mainmise syrienne sur ses ressources et sur ses
institutions.
Tout le monde sait qu'il est pratiquement impossible
de combattre ce mal de l'intérieur. Le peuple
libanais aspire à bénéficier de l'intérêt que
porte la communauté internationale aux négociations
de paix pour que cela soit une occasion de prendre
conscience de sa détresse. Les Libanais se demandent
avec amertume pourquoi personne ne parle de
l'application de la résolution 520 des Nations Unies
sommant toutes les forces étrangères à se retirer
du Liban. Ils se demandent pourquoi les pays qui se
sont portés garants des accords de Taëf et qui se
sont chargés de la surveillance de leur application,
comme les Etats Unis, la Russie et la France ont oublié
de nos jours ces accords et ferment les yeux dès
qu'il s'agit d'appliquer le redéploiement prévu des
troupes syriennes vers la plaine de la Békaa comme un
premier pas avant le retrait définitif du pays du cèdre.
Messieurs,
Nos
aspirations se résument en un seul mot : La Paix. Un
peuple comme le nôtre, qui a vécu les atrocités de
la guerre, est assoiffé de paix . Nous vous invitons
à nous aider à la retrouver en adoptant ensemble les
résolutions suivantes et en se donnant les moyens
pour les faire appliquer.
1- Demander à toutes les troupes militaires étrangères
d'évacuer le Liban, en application des résolutions
des Nations Unies. Nous réclamons pour cela
l'application de la résolution 425 concernant le
retrait des troupes israéliennes du sud du pays ainsi
que l'application de la résolution numéro 520
sommant toutes les troupes étrangères à évacuer le
Liban, dont l'armée syrienne. Telle est la volonté
des libanais, même si le pouvoir en place, désigné
par Damas, réclame la protection de ses maîtres.
2- Rétablir au plus vite la démocratie dans ses
aspects les plus nobles . Il faudrait pour cela que le
pays soit libre avant toute élection nationale et que
les droits de toutes les composantes culturelles du
pays soient garantis. Le sujet de notre inquiétude découle
du fait que les élections parlementaires prévues
pour cette année 2000 se déroulent dans les mêmes
conditions d'iniquité et de clientélisme que les élections
de 1992 et 1996. Le nouveau parlement, non représentatif
du peuple, achèverait alors l'œuvre de ses prédécesseurs,
à savoir le rattachement définitif, officiel ou
officieux, du Liban à la Syrie.
3- Dénoncer le non respect chronique de droits de
l'Homme au Liban et geler toute aide militaire au
gouvernement libanais tant qu'il n'aurait pas rétabli
l'Etat de Droit.
4- Surveiller l'utilisation des aides économiques au
Liban que nous soupçonnons d'être détournées par
les dirigeants libanais et syriens.
5- Trouver une solution juste au problème des réfugiés
palestiniens au Liban. Leur installation définitive
au Liban est absolument rejetée. Notre pays est déjà
surpeuplé et souffre d'une crise économique sans précédent
avec un taux de chômage élevé et inquiétant. Les
différentes crises économiques et politiques
incitent les Libanais à émigrer. La solution ne
serait pas de remplacer les Libanais par une
population palestinienne ou autre, mais de résoudre
les crises économiques et politiques pour encourager
les libanais de la diaspora à revenir dans leur pays.
6- Refuser de porter atteinte à l'équilibre démographique
délicat du Liban. L'immigration qui touche
essentiellement la communauté chrétienne avec les récents
décrets de naturalisation et le projet d'implantation
des Palestiniens briseraient cet équilibre vital pour
le Liban et réduiraient la communauté chrétienne à
une minorité non viable.
Messieurs,
Le Liban
risque aujourd'hui de payer le prix de la paix comme
il avait payé le prix de la guerre. Or, c'est ce
pays, petit par sa superficie, grand par son Histoire
et sa vocation, qui a le plus besoin de paix et de
prospérité. Avec une volonté accablée par
l'occupation syrienne, le Liban court un danger de
mort, pire encore, un danger de soumission . Sans
votre aide à ce pays qui a tant donné au monde, le
Liban est dans un processus d'asservissement bientôt
irréversible.
Les
Libanais ne rechigne jamais devant le sacrifice dès
qu'il s'agit de témoigner pour les valeurs que représente
le Liban. Ces valeurs sont aussi les vôtres. Ne
laissez pas les Libanais se débattre seuls dans leur
combat désespéré pour la liberté.
Venez proclamer avec nous les valeurs de démocratie,
de tolérance et de liberté, tant que le Liban tel
que nous le connaissons est vivant pour les entendre.
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