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Cet exposé bref et condensé se veut un
constat poignant des diverses étapes de la
campagne de violation des Droits de l’Homme,
et d’oppression politique, que le pouvoir
Libanais avait déclenché à l’encontre des
Forces Libanaises.
Prologue
Au début
de la guerre au Liban, plusieurs partis
politiques chrétiens se sont dotés de
branches armées afin d’assurer la lourde
tâche de défendre la communauté chrétienne
et les régions restées « libres ».
Avec le
temps, la situation se compliquait davantage ;
la conjoncture politico-militaire devenait
telle, qu’il était devenu impératif de
transformer cette fédération de groupes
armés en une institution, en un corps uni,
professionnel, efficace et performant .
Les
années passaient, et les responsabilités qui
incombaient aux Forces Libanaises se
multipliaient et se diversifiaient sans
cesse : en tant que garant de la sécurité et
de la liberté des chrétiens, et en tant que
défenseurs de l’indépendance et de la
souveraineté du Liban ; les Forces
Libanaises étaient devenues à la fois un
mouvement de résistance populaire, une armée
professionnelle, un parti politique et une
constellation d’organismes traitant les
divers aspects de la vie quotidienne et
assurant une panoplie de services vitaux
dans les domaines de la santé, de
l’éducation, du logement, du transport… bref ;
dans tout ce qui relevait de la solidarité
et de l’assistance.
En 1989, les Forces
Libanaises ont participé au processus
politique mis en place comme ultime
tentative de dénouement pacifique de la
crise Libanaise.
C’est dans ce contexte
que s’inscrit la décision des Forces
Libanaises de dissoudre leur corps armé, de
se démilitariser, et de se consacrer à
l’action politique en tant que parti.
La Descente aux
Enfers
Le document d’entente
nationale signé à Taëf en 1989 , et grâce
aux garanties régionales et internationales,
devait marquer le début d’une nouvelle
période dans l’histoire du pays ; une ère
d’entente nationale et de dialogue entre les
Libanais ; une nouvelle expérience de vie
commune sur de nouvelles bases : la
dissolution de toutes les milices (libanaises
et autres) , la formation d’un gouvernement
de réconciliation et d’entente nationales,
l’application d’amnistie générale,
l’organisation d’élections législatives
démocratiques, la réforme des institutions
exécutives et administratives, judiciaires
et autres…
La philosophie et
l’essence de ce compromis consistaient en
une équation à deux éléments :
-Les réformes politiques :
redéfinir l’équilibre institutionnel en
réduisant largement les prérogatives du
président de la république, en confiant la
réalité du pouvoir exécutif au conseil des
ministres, et en conférant à la Chambre des
députés, et singulièrement à son président,
une autorité accrue (volet interne,
contribution chrétienne).
-Le retrait de toutes les
forces armées étrangères (volet externe,
contribution musulmane).
Malheureusement, et dans
la pratique, c’est à la Syrie que revient
respectivement la paternité militaire et
politique de ce processus ; par conséquent
l’application de l’accord a été sélective et
taillée à la mesure des intérêts de la Syrie
et de ses alliés ; ils se sont comportés en
vainqueurs à l’égard des chrétiens à qui
l’on a imposé le statut de vaincus !
Sur le plan militaire, la
Syrie déploie au Liban 35 000 hommes, sans
compter les agents des services de
renseignement. Sur le plan politique, le
président syrien Hafez El Assad a confié le
soin de gérer le dossier libanais à son
vice-président Abdelhalim Khaddam qui
arbitre et gère les moindres divergences au
sein des équipes dirigeantes libanaises ;
aujourd’hui c’est à Bachar El Assad, fils du
président syrien, qu’est confié ce dossier.
Le tutorat de fait a, au demeurant, été
juridiquement consacré par la conclusion le
22 mai 1991, du Traité de Fraternité, de
Coopération et de Coordination entre le
Liban et la Syrie, et dont certaines
dispositions marquent explicitement la
soumission de celui-là à celle-ci.
Par conséquent, la
réconciliation et l’entente nationales n’ont
jamais eu lieu ; les exemples à citer sont
nombreux :
En effet, les Forces
Libanaises ont auto-dissout leur corps armé
alors que d’autres milices ont gardé leurs
armes, comme les Palestiniens, le
Hezbollah …
D’autres milices
musulmanes et pro-syriennes ont procédé à
cacher leur armement avec la complicité -
passive ou active- des autorités officielles.
De même, il n’y a pas eu
de retrait de forces armées étrangères ; le
rassemblement des troupes de l’armée
syrienne dans la plaine de la Békaa (dans un
délai maximal de deux ans) n’a pas eu lieu ;
au contraire, le déploiement armé syrien a
atteint de nouvelles régions au sein même de
l’ex-réduit chrétien.
Aussi, l’application de
la loi d’amnistie générale a t-elle été
sélective et non équilibrée, de façon à
trouver un prétexte pour attribuer aux
chrétiens, et surtout aux Forces Libanaises,
toutes les atrocités de la guerre au Liban.
Cette manœuvre
va être essentiellement utilisée par le
régime, quelques années plus tard, en 1994,
pour en découdre avec les Forces Libanaises
devenues une force d’opposition politique
beaucoup trop encombrante.
Les Forces
Libanaises, et après avoir subi les sévices
de la guerre, ont maintenant à payer et à
répondre des crimes qu’elles n’avaient pas
commis !
A noter aussi
le décret tristement célèbre par lequel le
gouvernement a accordé massivement la
nationalité libanaise à plus de 350.000
étrangers, pour la plupart des musulmans
syriens ; dans un pays qui compte 3.500.000
habitants, qui vient de sortir d’une guerre
civile, et dont la répartition des pouvoirs
repose sur un équilibre démographique et
confessionnel très délicat, les conséquences
d’une telle mesure ne vont pas tarder à se
manifester ; en effet, les bulletins de vote
de ces « nouveaux Libanais » vont jouer un
rôle décisif et stratégique pour assurer
l’élection des candidats proches du régime
dans les législatives de 1992 et celles de
1996 largement boycottées par les chrétiens .
En marge de ce
fait accompli, il est à noter que les
autorités officielles compétentes politico-administratives
se refusent à reconnaître aux émigrés
libanais (de majorité chrétienne) leurs
droits civiques et politiques.
Par contre, le
régime s’est permis, pour des finalités
politiques, de naturaliser « gracieusement »
plus de 350.000 étrangers (majoritairement
Syriens et musulmans ), sans compter leurs
descendants !
De même,
27.000 Palestiniens et 12.000 nomades ont
profité de la « générosité » du pouvoir
libanais dans le domaine de la
naturalisation.
Un autre
dossier explosif reste en suspens, celui des
déplacés ; il s’avère que le ministre chargé
du portefeuille des déplacés n’est autre que
le chef de la milice responsable des
massacres perpétrés contre les chrétiens du
Chouf et d’Aley, de leur exode, et de leur
exil dans leur propre pays.
A l’heure où
la majorité des déplacés chrétiens est
toujours interdite de retour chez soi, les
occupants illégaux des propriétés profitent
des largesses infinies des caisses de l’Etat,
sous prétexte de faciliter l’évacuation des
lieux !
Le régime n’a
même pas épargné, dans sa campagne
méthodique contre les Forces Libanaises, les
médias et les institutions actives dans
plusieurs secteurs civils (santé, éducation,
services…).
Les pressions
politiques, financières ou autres, visent à
fermer ses établissements ou à en assurer le
contrôle. Parmi les exemples ont peut
citer :
-L’école de
Saint Anthony School :
La directrice
de l’école Mme Izys El Daher a été
contrainte de présenter sa démission.
-La télévision
de la LBCI :
Vingt neuf
personnes y travaillant ont été abusivement
et injustement licenciées pour leur
appartenance aux Forces Libanaises . Les
journalistes de la chaîne, comme leurs
collègues de la Radio du Liban Libre et de
l’hebdomadaire Al Massira, ont reçu toute
une liste de sujets politiques tabous à ne
pas évoquer.
-Les Presses
SLIA
-La mutuelle
des Services Médicaux
-L’association
caritative AUXILIA :
Le président
de l’association Dr. Elie Choueifati a été
plusieurs fois interpellé dans le but de
répondre aux questions des interrogateurs
portant sur les activités de l’association,
ses relations avec d’autres associations
caritatives locales et étrangères, ses
sources de financement, les familles
bénéficiaires…
Plusieurs
permanences et locaux dépendant de
l’association ont été fermés. Deux de ses
responsables ont été interpellés à leur
tour, Roula Tawil et Saïd Akhras ; deux
autres ont été remerciés, Paul Andari et May
Bérbéri.
-L’organisation
des étudiants :
Le responsable
de l’organisation Salman Samaha a été
interpellé plusieurs fois pour livrer aux
interrogateurs des informations concernant
sa structure et son activité dans les
établissements universitaires. Ils lui ont
notifié l’interdiction totale de cette
activité (pourtant solennelle et légale).
Nombre de
responsables de l’organisation ont été
arrêtés ou interpellés : Clovis Choueifati,
Antoine Saad, Pascal Haddad, Antoine Abi
Najm, Elias El Asmar…
-Les avocats
de la défense :
Plusieurs
avocats proches des Forces Libanaises ont
été interpellés : Hanna Habchi, Rita Mallat,
Jean Chidiac, Abboud El Bayeh…
D’autres ont
subi des pressions indirectes, leur vie
professionnelle a été menacée (bureaux,
clients, dossiers).
Reste à
signaler que le droit au rassemblement et à
la manifestation n’est pas reconnu par les
autorités officielles. Une décision
gouvernementale le prohibe totalement, sauf
qu’elle n’est appliquée qu’aux opposants
chrétiens.
Bon nombre de
partisans parmi l’immense foule ayant
réservé au Pape Jean Paul II un accueil
populaire exceptionnel lors de sa visite
historique au Liban, ont été interpellés et
maltraités pour avoir osé profiter de cette
occasion pour descendre dans la rue et crier
devant Sa Sainteté leur soif à la justice, à
la liberté et à la démocratie.
Tout incident
est un « bon prétexte » pour que les forces
de l’ordre procèdent à des arrestations
massives. C’est dans ce cadre que s’inscrit,
par exemple, la campagne menée après le
mitraillage d’un minibus syrien à Tabarja le
18 décembre 1996 ; des dizaines de jeunes
gens appartenant aux diverses composantes de
l’opposition chrétienne ont été arrêtés et
torturés, dont plusieurs partisans des
Forces Libanaises comme Michel Taouk,
Mansour Taouk, Charbel Mattar, Elie Keyrouz,
Fadi El-Chamati, Riad Semaan, Charbel Abi
Akl, Michel Keyrouz, Antoine Abou Jaoudé,
Fouad Abou Mosleh, Elie Hadchiti, Sami Rahmé,
Antoine Bared, Pierre Dagher, Charbel Nakad,
Roland Taouk, Atef Eid, Joseph Khater,
Pierre El-Kozah, Jean Akouri, Pierre Jabbour,
Nader Nader, Georges El Alam, Rony Haddad,
Aghnatios El Alam, Nabil Abou Nasr, Georges
Rahmé, Walid Sleimane, Georges Taouk, Tony
Rahmé, Jean Khoury, Charbel Boulos, François
Abi Tayeh, Georges Fayad …
Commentant les
faits, le Patriarche maronite le Cardinal
Sfeir a exprimé son indignation face aux « visiteurs
de la nuit », et dénoncé « ces poursuites
engagées contre les Libanais et qui leur
donnent le sentiment d’être indésirables
dans leur pays … alors que les droits de
tout homme sont sacrés … notre société vit
divisée, avec un vainqueur et un vaincu, un
oppresseur et un opprimé ».
Même l’épouse
du chef des Forces Libanaises, Mme Sethrida
Geagea, n’a pas été épargnée quant aux
pressions exercées par les forces de l’ordre.
Son domicile est sous surveillance et son
accès est barré par un check-point qui
intimide les visiteurs obligés de décliner
leur identité, ce qui permet leur
interpellation ultérieurement.
Le
déchaînement contre les Forces Libanaises:
A partir de
1992, la campagne menée par le régime contre
les Forces Libanaises commence à revêtir un
aspect de plus en plus agressif, méthodique,
et ciblé…
En fait, les
Forces Libanaises, vu la politique
revancharde et partisane du régime, assume
complètement leur rôle de principale force
d’opposition politique… Leur commandant en
chef Samir Geagea refuse de rallier le
gouvernement ; son refus du portefeuille
ministériel est un signe de protestation
contre l’attitude du régime reniant
totalement les principes de la
réconciliation et de l’entente nationales.
Depuis, Samir
Geagea ne va pas arrêter – malgré les
pressions énormes – de réitérer la nécessité,
voire l’urgence de revenir à ces principes
pour les appliquer dans tous les domaines,
notamment ceux de la souveraineté, de
l’équilibre national intérieur, des droits
politiques, des libertés individuelles…
Dans son
entreprise de transformer les Forces
Libanaises en un parti politique qui soit à
la hauteur du rôle joué durant la guerre,
Samir Geagea a mis en place une nouvelle
méthode scientifique et moderne. Cette
action a été engagée sur quatre axes
principaux :
- La
création d’une « Ecole de Cadres
Politiques » chargée de fournir aux futurs
responsables du parti une formation « académique »
dans les domaines des sciences politiques,
de l’histoire, de la sociologie, du droit
et des relations publiques…
- La
formation de plusieurs comités chargés de
réexaminer, d’élaborer, et de rédiger les
concepts politiques propres aux Forces
Libanaises.
- La
conclusion du règlement intérieur s’est
accompagnée d’un processus complexe et
exhaustif de restructuration, de sorte que
les Forces Libanaises adoptent
définitivement le cadre d’un parti
politique.
- Sur le
plan « horizontal », la nouvelle
organisation s’est traduite par la
formation de structures locales (régions,
permanences et cellules), dans le souci
d’une hiérarchie rigoureuse et efficace.
Evidemment, la
constance de cette ligne politique finira
par coûter cher, très cher, aux Forces
Libanaises et à Samir Geagea en personne !
Pour
astreindre les Forces Libanaises au silence
et à la soumission, le régime et ses alliés
ne vont pas hésiter à leur adresser des
messages des plus sanglants ; quatre
responsables appartenant aux Forces
Libanaises ont été successivement assassinés :
Elie Daou (Kfarchima), Sami Abou Jaoudé ( Jal
El Dib), Nadim Abdennour (Achrafieh) et
Sleiman Akiki (Kfardhebian).
En septembre
1992, un autre proche de Samir Geagea,
Boutros Khawand , est enlevé en face de son
domicile à Sin El Fil ; depuis son sort est
demeuré inconnu.
La disparition
de Khawand a été relatée par plusieurs
organisations internationales de Droits de
l’Homme dont Human Rights Watch qui a écrit
à ce sujet : « Khawand a disparu le 15
septembre 1992, à 500 mètres de chez lui à
Sin El Fil, région contrôlée par l’armée
syrienne. La voiture de Khawand a été
interceptée par un groupe armé de 24
personnes, habillées en civil mais avec des
bottes militaires ; le groupe est arrivé sur
place dans trois voitures, dont une BMW et
un mini- bus de couleur rouge…. ».
Amnesty
International rapporte en janvier 1999 qu’un
ex-détenu libanais a informé la famille de
Khawand de la présence de ce dernier dans la
prision syrienne de Adra.
De 1992
jusqu’en 1994, beaucoup de permanences et de
locaux ont fait l’objet de rafles
sporadiques et violentes ; le pain quotidien
des partisans, des sympathisants, et des
proches des Forces Libanaises est devenu
l’arrestation et la détention illégales et à
répétition.
Pour augmenter
la dose et hausser le ton du message, des
permanences ont essuyé des tirs de coups de
feu et des projectiles explosifs pendant les
réunions ; des arrestations massives -
toujours illégales et non justifiées – sont
organisées par les forces de l’ordre, comme
en Achrafieh où quarante étudiants ont été
arrêtés lors d’une réunion dans leur
permanence.
Le 25 juillet
1992, des troupes de l’armée ont encerclé et
investi le quartier général des Forces
Libanaises à la Quarantaine ; le lendemain
Samir Geagea et ses compagnons ont été
contraints de quitter les lieux pour élire
domicile – politique – à Ghédras en dehors
de la capitale Beyrouth. A son tour, ce
substitut de quartier général a été en état
de siège le 10 mars 1994 ; le 21 avril 1994,
les troupes de l’armée l’ont envahi pour
procéder à l’arrestation de Samir Geagea.
L’attentat de
l’Eglise :
Le 27 février
1994, et pendant la célébration de la messe
dominicale à l’église de Notre Dame de la
Délivrance à Zouk une charge a explosé
faisant dix morts et plusieurs blessés.
L’état de choc général sombra les chrétiens
de Liban dans un désarroi absolu.
Le Commandant
en Chef des Forces Libanaises a tenu, le
lendemain, une conférence de presse pour
rappeler le droit du citoyen à la sécurité,
et pour demander aux autorités officielles
d’assumer leur responsabilité et leur
devoir.
A partir de ce
moment, une large campagne médiatique a été
orchestrée et déclenchée afin d’accuser les
Forces Libanaises d’être les responsables de
l’horrible attentat.
Le 10 mars,
l’armée établit un blocus hermétique tout
autour du quartier général des Forces
Libanaises, surtout pour en interdire
l’accès aux journalistes et aux visiteurs (individuels
ou en foule).
Le 23 mars, le
gouvernement se réunit en séance
exceptionnelle et décide de :
-
dissoudre le parti des Forces Libanaises
et le déposséder de tous ses biens
matériels (qui vont être confisqués et
saisis par l’armée).
-
interdire aux médias audiovisuels toute
diffusion de programmes politiques ; de
journaux télévisés et de bulletins
d’informations ;
Il est à
signaler que ces décisions ne correspondent
– évidemment – à aucune loi en vigueur, ni à
aucune procédure ou aucun texte juridiques !
Comme par
hasard, ces décisions précèdent et
anticipent sur toutes les démarches que la
justice est censée accomplir (investigation,
interrogation, jugement, décision) !
Quelques
heures après, Fouad Malek, ex-chef d’état -
major et président du comité directeur du
parti, est arrêté et détenu dans les sous-
sols du ministère de la défense ; ces mêmes
sous sols qu’ont connus des milliers de
partisans des Forces Libanaises durant les
quelques dernières années : certains en sont
sortis broyés ; d’autres y sont encore, et
quelques uns y ont laissé leur vie… Ces
mêmes sous-sols où Samir Geagea est détenu
depuis le 21avril 1994 en internement
cellulaire.
Le lendemain
de la prononciation du verdict innocentant
le chef des Forces Libanaises de l’attentat
contre l’église de Zouk, l’éditorialiste de
l’Orient - Le Jour (journal libanais
d’expression française, tiré à grande
diffusion) écrit :
« Dès le
premier instant, le bon sens populaire ne
s’y est pas trompé, qui ne voyait dans
l’affaire de l’église de Zouk qu’un coup
monté, exploité sans vergogne à des fins
politiques ; mais que pouvait-il, le simple
bon sens, face à aussi redoutable machine à
broyer ?
Dans ce
semblant de république – pitoyable produit
de quinze années de guerre fratricide, de
malheurs, de souffrances et de sacrifices
mêlés à de folles espérances en un Liban
meilleur – Samir Geagea était devenu un
anachronisme gênant, et il ne restait
d’autre solution que de s’en débarrasser .
Samir Geagea ne s’était jamais résigné à se
taire, seule voix discordante – et parfois
même menaçante – au sein d’une classe
politique subjuguée, homogénéisée, enfin
unifiée dans ses allégeances et obédiences,
psalmodiante, bêlante. « Oh si seulement il
avait accepté ce ministère d’Etat, tout
aurait pu être différent » : aussi
scandaleuses – et significatives – que cette
benoîte confidence à laquelle se laissait
aller un haut responsable sollicité par la
famille de Geagea, auront été les discrètes
offres de voyage multipliées en vain au
leader des F.L. alors même que le piège
commençait à se refermer sur lui… »
Avant de
passer au chapitre suivant, où sont
dénoncées les méthodes et les machinations
utilisées par les services de renseignement
du régime pour fabriquer « les dossiers » et
extorquer des « aveux » aux détenus, il est
indispensable de s’attarder sur les éléments
suivants :
-L’attentat de
l’église de Zouk a été à l’origine de la
décision du Vatican d’annuler la visite du
Pape
Jean Paul II
au Liban en 1994 ; cette visite a eu lieu
trois ans après.
-Les sous-sols
du ministère de la défense à Yarzé n’ont
jamais été un établissement pénitentiaire ou
un lieu d’incarcération officiels et légaux ;
une décision de la part du ministre de la
défense les a baptisés tels.
-Pour
confirmer le caractère exclusivement
politique de l’affaire Geagea, il suffit de
se rappeler que ce dernier a catégoriquement
refusé d’écouter les messages qui lui ont
été adressés par plusieurs hauts
responsables officiels, lui « conseillant »
de quitter le pays « tant que cette
opportunité lui est offerte pour le
moment »…
Parmi ces
responsables on peut citer, à titre
d’exemple, le nom de Michel Murr ,
vice-premier ministre et ministre de
l’Intérieur. De même Elias Hraoui, président
de la république (à l’époque) n’a t-il pas
répété à maintes reprises et solennellement,
en réponse à des questions journalistiques
ou politiques concernant Geagea:
« qu’est ce
que vous voulez que je lui fasse … il n’a
pas voulu marcher… il a refusé tous les
postes ministériels qui lui avaient été
proposés ? ! ».
« Quand une
seule victime ne peut obtenir justice,
chacun doit s’attendre à être le premier à
subir ensuite ces outrages ».
Demosthène (contre
Midias) |