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Discours de cheikh Bachir Gemayel a Beit Mery
By Bachir Gemayel
Apr 26, 2000 - 12:09:20 PM

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Conférence internationale de solidarité avec le Liban - 2 Avril 1982


Excellences, Mesdames, Messieurs,

A vous tous ici réunis, je voudrais adresser au nom de votre hôte, qui est la Résistance libanaise, nos remerciements d’être venus si nombreux exprimer votre solidarité avec un peuple qui souffre et qui souffrira encore longtemps. A ceux d’entre vous qui viennent de loin, ceux qui sont venus d’Allemagne fédérale, d’Argentine, d’Australie, d’Autriche, de Belgique, du Brésil, du Canada, des Etats-Unis d’Amérique, de France, de Grèce, d’Italie, du Mexique, de Norvège, du Royaume-Uni, de Suisse, aux représentants du Parlement européen, de l’Union maronite mondiale, de la Ligue américano-libanaise, je voudrais, leur souhaiter un à un la bienvenue au Liban.
 
Votre présence parmi nous est en elle-même un signe d’amitié. Cependant, l’amitié ne s’impose pas, ni ne se négocie. C’est un long apprivoisement du cœur et de l’esprit. Pour ceux d’entre vous qui ne nous connaissent pas assez, c’est l’occasion peut-être aujourd’hui de l’amorcer, de la développer ; pour ceux qui nous connaissent depuis longtemps, qui à maintes reprises, nous ont exprimé leur sympathie, assuré de leur soutien, je dirai que c’est une bonne occasion pour eux et pour nous d’éprouver à nouveau cette amitié.

Nous sommes un peuple qui cultive la liberté comme le bien le plus précieux de l’homme. Cela signifie que ce n’est pas ici que vous trouverez des vérités constituées de toutes pièces obligatoires et intangibles.

Votre participation, Mesdames et Messieurs, à ce congrès n’implique pas que vous soyez nécessairement convaincus par nos actes et d’accord avec nos  options. C’est vous dire combien il nous importe que l’échange d’idées, les discussions, même s’ils pourraient prendre quelquefois un ton fort, il faudrait même je dirai qu’ils prennent parfois un ton fort, soient empreints de la plus grande objectivité, exprimés dans un climat de confiance et de liberté absolue. Nous gagnerons beaucoup plus à entendre des critiques  qu’à écouter des compliments. Quant à nous, notre devoir étant de vous informer, nous veillerons à ce que cela soit fait de la manière la plus conforme aux données les plus éprouvées. Cependant, étant nous-mêmes partie à un conflit, et à un conflit armé, vous ne nous en voudrez, si d’aventure, il nous arrivait d’y mettre un grain de passion.

Pourquoi le Liban ? Pourquoi faut-il que dans ce Moyen-Orient il y ait encore un pays qui ne soit pas tout à fait comme les autres ? Pourquoi tout à coup cette muraille qui semble barrer la voie au chercheur d’or noir qui vient d’Occident, cette montagne qui tourne le dos au désert ?
Vous êtes sans doute nombreux à chercher une réponse à cette question. Je ne vous cache pas que nous nous la posons quelquefois à nous-mêmes.

Pays du lait et du miel, impérissable printemps, c’est vrai ! mais le Liban est aussi un pays aux mille problèmes, une terre dure, rocailleuse dans l’ensemble, pauvre en ressources naturelles, un peuple constamment menacé, voué à l’effort permanent, aux tourments, aux sacrifices.

Excellences, Mesdames et Messieurs,
Le 2 avril, 1981, il y a un an,  jour pour jour, un abominable crime était perpétré contre le Liban, par les forces d’occupation syriennes. Ce jour-là à dix heures du matin, alors que depuis plusieurs semaines la ville de Zahlé était déjà soumise pour sa part à un bombardement continu, dans la zone libre de la capitale, la population vaquait tranquillement à ses occupations. Les rues étaient bondées de monde, et dans les écoles, les enfants  à cette heure, s’ébrouaient gaiement dans les cours de recréation. Sans raisons, subitement, venant de toute part craché en même temps par des centaines de bouches de feu installées sur les collines qui surplombent la ville, un déluge d’enfer s’est abattu sur celle-ci, visant en priorité les écoles, les rues, les carrefours, les issues de la ville, s’étendant progressivement sur les habitations, les hôpitaux, les églises.

En choisissant le 2 avril comme jour d’ouverture de cette première conférence de solidarité avec le Liban, nous avons voulu marquer d’un point rouge, afin qu’elle reste gravée dans la mémoire des hommes, cette date, où pour venir à bout de la volonté de vivre des Libanais, les forces d’occupation  du pays ont poussé leur entreprise jusqu’à l’ultime degré de l’horreur. Tentative renouvelée de génocide des chrétiens du Liban ? Comment appeler autrement cette action soutenue depuis sept ans par massacres, bombardements de la population civile, terrorisme urbain, destructions systématiques des établissements publics et privés… pour tuer le plus de gens possible et contraindre les survivants à partir ou à se soumettre ?

Pourquoi les chrétiens ? Non pas tant sans doute pour répondre à quelque obscure impulsion de fanatisme musulman, comme on pourrait être tenté de le penser. Cette idée ne nous a jamais effleuré l’esprit. Du reste, le fanatisme religieux, lorsqu’il existe, n’est pas l’aspect second d’un projet politique à objectif essentiellement profane.

Si au cours de sept années de guerre, les Palestiniens d’abord, les Syriens ensuite, se sont acharnés sur les chrétiens du Liban, c’est bien pour des considérations froidement stratégiques, parce que les chrétiens constituent la charpente fondamentale de la  Résistance libanaise, parce qu’ils sont l’élément clé qui donne au Liban sa spécificité par rapport à tous les autres pays du Moyen-Orient, parce que, pour tous les ennemis de la liberté dans cette région, ils sont cette communauté  dont les sources culturelles postulent la liberté comme condition première à l’épanouissement de l’homme et à son développement.

Cependant, agressés en tant que chrétiens, nous nous sommes défendus en tant que Libanais. Ayant clairement conscience de la responsabilité qui nous incombe en raison même de la place considérable que nous occupons dans la vie nationale, nous n’avons jamais lésiné devant les sacrifices qu’il a fallu consentir pour défendre le pays, tout le pays ; et c’est ainsi que notre résistance a eu finalement raison du complot tramé contre Liban, elle a donné le temps à nos compatriotes musulmans de se ressaisir et de s’organiser. Aujourd’hui, dans le sud du pays, les chiites sont en guerre ouverte contre les Palestiniens,  à Tripoli, dans le Nord, les sunnites se battent contre les Syriens, ils ont même réussi il y a déjà quelques semaines à les bouter hors de la ville.

Ainsi, le vœu que nous formulions, il y a quelques temps, de voir toutes les composantes de la nation se soulever contre l’occupant est en train de se réaliser, il se réalise. Le compte à rebours pour la libération de tout le pays a commencé. Les jours de l’occupation par l’étranger de notre sol sont déjà comptés. Avec cela, qu’on ne vienne plus nous chicaner sur l’unité du Liban, et l’avenir de cette unité. Cette unité n’a jamais fait défaut quoi qu’on ait dit et quoi qu’on dise. 

Que le peuple libanais relève de groupements différents du point de vue religieux, n’a jamais été un véritable handicap à l’unité nationale. La diversité au sein d’une nation n’a rien de dramatique, bien au contraire, elle peut être source de richesse et donc de puissance. Chaque pays, chaque peuple a ses structures, qu’elles soient de type horizontal ou vertical ; ce qui a nui au peuple libanais, ce qui a provoqué et renforcé le cloisonnement entre les communautés, les classes, les familles, c’est la mauvaise organisation de cette diversité et l’exploitation abusive qu’en a faite une classe politique repue et toujours insatiable ; ce sont aussi les pressions irrédentistes exercées de l’extérieur,  que ni nos dirigeants, ni les puissances amies, ni les organisations internationales – Ligue arabe, ONU – n’ont tenté de contenir. Et voici que pour réussir leur entreprise de mainmise sur le Liban, Palestiniens et Syriens ont présenté cette diversité comme si elle était la raison même de cette guerre. Aussi bien pendant longtemps, celle-ci fut-elle qualifiée de guerre civile. Il arrive encore jusqu’à présent aux Syriens de poser comme préalable à leur retrait, ce qu’ils appellent l’entente entre Libanais, tandis qu’ils déploient tous leurs efforts pour empêcher les Libanais chrétiens et musulmans de se rencontrer.

En réalité, il n’y a sur ce plan aucun problème majeur, si ce n’est la réorganisation des rapports juridiques entre les divers groupements, c’est beaucoup plus un problème technique que politique.

Etat fédéral, Etat unitaire, les juristes finiront bien par trouver les mécanismes satisfaisants, et les élus du peuple finiront bien à leur tour par s’entendre sur un texte, et s’il n’est pas bon à l’usage, ils ont tout loisir pour le modifier, une fois, deux fois, autant de fois qu’ils le voudront.
 
Notre action de resistance et de libération se situe à un autre niveau, celui de la nation, et à ce niveau-là, nous postulons que l’unité existe, sans quoi, il n’y aurait  même pas de nation. A ce niveau-là, nous n’acceptons que l’unité, nous parions sur l’unité, et nos paris sont toujours gagnants.


Excellences, Mesdames et Messieurs,

A ceux d’entre vous qui abordent l’Orient avec « des idées simples », celles-ci risquent aujourd’hui de ne pas suffire pour le comprendre. Faut-il aller jusqu'à se mettre comme dirait Pascal, dans un état d’abêtissement ? Pour saisir les véritables réalités de notre pays, il faut se départir des schémas logiques, des concepts, des catégories d’Occident, et user bien davantage d’émotions que de rationalité. Il convient aussi de ne pas se laisser envoûter par le verbe.

L’Orient est beaucoup plus éloigné de vous dans le temps qu’il ne l’est dans l’espace. Au Moyen Age,  les pèlerins, les Croisés, les marchands, lorsqu’ils abordaient ces rivages, pouvaient encore espérer comprendre ce qui s’y passe. Ayant bousculé le rythme de l’évolution, comme l’ont fait les peuples d’Europe au cours des deux ou trois derniers siècles,  l’intelligence de l’Orient est devenue à ces peuples beaucoup plus confuse.

Il faut savoir surtout que dans les déserts qui nous entourent, il continue de souffler un vent d’absolu que la mentalité religieuse est le seul dénominateur commun aux peuples de la région, et la versatilité, dans les rapports sociaux et politiques, la seule constante. C’est vous dire combien vos dirigeants, vos diplomates, vos journalistes, et même, et surtout, vos orientalistes doivent mettre de l’eau dans leur vin en traitant des affaires  d’Orient, en tentant de résoudre les problèmes d’Orient, en portant des jugements sur les peuples orientaux.

Pour quoi faire le Liban ?...
A cette question, de nombreux hommes politiques, de nombreux diplomates, de nombreux journalistes, de nombreux orientalistes pouvaient encore répondre en 1975 par un haussement d’épaules. Ce haussement d’épaules nous a valu près de sept années d’isolement, beaucoup de jugements téméraires ; il nous vaut encore aujourd’hui beaucoup d’incompréhension. Un haussement d’épaules qui, s’il n’avait pas eu lieu, nous aurait épargné pas mal de difficultés, et peut-être même un certain nombre de victimes.

Lorsque la guerre éclata au Liban le 13 avril 1975, le monde était à la détente. Les pays du Moyen-Orient se remettaient lentement de l’orage automnal que fut pour toute la région la guerre du Kippour. Satisfait de son demi-succès au Canal, Sadate s’apprêtait discrètement  à engager des négociations de paix avec Israël. Le monde arabe savourait la victoire qu’il venait  de remporter dans sa guerre du pétrole, le chah régnait en souverain sur la Perse et en gendarme sur le Golfe. Les Etats-Unis traumatisés par leur guerre du Vietnam s’apprêtaient à quitter ce pays, et l’Europe se sentait de plus en plus en mal de puissance. Toutes les conditions semblaient réunies pour établir la paix au Moyen-Orient. Il restait à résoudre le problème palestinien. On a cru, le plus simplement du monde, qu’il suffisait pour cela de trouver aux Palestiniens  un territoire sur lequel ils édifieraient un Etat, et de manière plus simpliste encore, on a pensé que ce territoire pouvait être le Liban.

La Résistance libanaise a déjoué tous ces plans, et a fait tomber ce bel échafaudage. Après deux ans de guerre, les Palestiniens perdirent Tall al-Zaatar, position clé dans leur dispositif d’étranglement de Beyrouth. L’armée syrienne, à son tour, n’a pu avoir raison de la Résistance. Elle tenta de soumettre les agglomérations chrétiennes qui constituaient le seul obstacle à la mainmise générale de la Syrie sur le Liban, en bombardant la population civile. A l’heure actuelle, les forces syriennes sont loin d’être arrivées à leur fin, tandis que la révolution gronde dans leur pays.


Cependant, c’est dans tout le Moyen-Orient que la terre tremble. Regorgeant de pétrole, et d’armes, minés par la subversion, tenus en respect par le terrorisme palestinien, champ de manœuvre aux superpuissances, les pays de la région vivent sur un baril de poudre.

La crise du Moyen-Orient ne se limite plus à l’heure actuelle aux seules dimensions du conflit israélo-arabe, elle le dépasse, le transcende, et s’étend à tous ces pays.
  
En fait, la crise du Moyen-Orient est, comme nous le disons souvent, une crise mobile. Elle se déplace dans le temps et dans l’espace. C’est l’expression contemporaine de la fameuse question d’Orient dans ses deux volets : la protection des minorités et la rivalité des grandes puissances. Du reste, les deux aspects de la question sont liés, la tension entre les minorités attisant la rivalité des grandes puissances, et la rivalité des grandes puissances provoquant bien souvent des tensions entre les minorités. On retrouve aujourd’hui, les mêmes données ; en marge de la crise israélo-arabe, et de la crise libano-syrienne et libano-palestinienne, la guerre entre l’Iran et l’Irak apparaît à bien des égards comme un conflit entre sunnites et chiites, et risque de gagner certains pays du Golfe qui comportent une large fraction de population chiite. Ajoutez à cela la déstabilisation en cours de la Syrie due aux tensions entre sunnites et alaouites, la révolte des Kurdes qui couve sous la cendre, et ce qui n’arrange pas les choses, le réveil partout de l’intégrisme musulman. Tout cela mijoté dans un regain tous azimuts de la guerre froide. Liban, Syrie, Israël, Irak, Iran, Emirats, pour ne citer que ces pays, semblent pris tout à coup par un même vertige de mouvement centrifuge. Le Moyen-Orient serait-il à la veille de voler en éclats ? …
  
Ce mouvement a commencé par le Liban. Dès les premiers temps de la guerre libanaise, nous avons dit et prédit aux Américains, aux Européens, aux Arabes, que cela risquait de mal finir pour tout le monde, que susciter un problème n’a jamais aidé à en résoudre un autre, que c’était là une véritable aberration. Or voici que par une sorte de choc de retour, la déstabilisation du Liban entraîne aujourd’hui celle de toute la région.

 Pour les chrétiens du Proche et du Moyen-Orient, y compris ceux du Pakistan, et jusqu’en Inde, de même, pour toutes les minorités opprimées, dans l’un ou l’autre pays – minorités ethniques ou religieuses – il constitue un phare, un pôle d’attraction, le cap de Bonne-Espérance. La liberté dont tous les citoyens jouissent à quelque communauté qu’ils appartiennent joue comme une sorte d’amortisseur entre les unes et les autres, et comme un amortisseur entre celles-ci et le pouvoir. Au Liban, tous les angles sont érodés, c’est le pluralisme sans barrières.

  Porter atteinte au Liban, c’est porter atteinte à la liberté, c’est faire perdre aux différents peuples de la région le dernier espoir qu’ils ont de pouvoir en jouir un jour ou l’autre, en bénéficier à leur tour, c’est détruire leur rêve de libération.

  Ainsi, les problèmes du Moyen-Orient sont-ils aujourd’hui trop complexes pour pouvoir faire l’objet d’une solution globale, comme on dit. Dans une telle situation, il est de bonne méthode de réduire les difficultés en les isolant les unes des autres, en les déconnectant les unes des autres, comme fait un artificier lorsqu’il procède au désamorçage d’une machine infernale. Cela revient à dissocier les différents problèmes et à les résoudre cas par cas.

   «Rendre la sécurité et la paix au Liban, c’est les assurer à tous les autres pays de la région » a pu déclarer récemment M. Alexandre Haig. C’est par le Liban qu’une stratégie de paix devra commencer. Aussi, faut-il se hâter de dissocier la crise libanaise de celle du Moyen-Orient.
 
  Excellences, Mesdames et Messieurs, or, de tous les problèmes qui se posent dans la région, celui qui présente le moins de connexités avec d’autres, c’est le contentieux libano-syrien. Il en est presque indépendant.

  Le contentieux libano-syrien a pour origine de la volonté de la Syrie d’étendre son hégémonie sur le Liban. Tout part de ce dessein. C’est l’Alpha et l’oméga de tous les conflits qui ont éclaté entre la Syrie et le Liban depuis l’indépendance et même avant l’indépendance. Est-il facile aux dirigeants syriens de renoncer à ce rêve et d’établir avec l’Etat libanais des rapports normaux comme entre Etats souverains. Cela doit être possible, cela est nécessaire, cela est salutaire.  

  Aujourd’hui la Syrie n’a plus rien à gagner au Liban, bien au contraire, désormais, en y maintenant ses forces, elle ne peut qu’y perdre. Les dirigeants syriens le savent tout autant que nous. Il ne tient qu’à eux d’en tirer les conséquences. Il ne tient qu’à eux de se dégager du guêpier libanais. En politique, il faut beaucoup de courage et une grande hauteur de vue pour se résoudre à changer de cap. Les dirigeants syriens n’en manquent pas. Ils l’ont montré dans le passé. Leur intérêt, autant que le nôtre, mais encore plus, celui de la région toute entière est en jeu. Le règlement du contentieux libano-syrien sera ce premier nœud qui, en se dénouant, permettra, de fil en aiguille, de débroussailler tout l’écheveau.

 Du haut de cette tribune, et vous prenant à témoin, délégués d’une quarantaine de nations d’Europe, d’Amérique, d’Océanie, je voudrais une fois de plus m’adresser aux dirigeants syriens, les conjurer de tout entreprendre pour mettre fin à leur contentieux avec le Liban, et pour commencer à donner l’ordre à leurs armées de se retirer du territoire libanais afin que l’Etat  puisse y rétablir sa propre souveraineté. Qu’on ne nous objecte pas que l’Etat libanais n’a pas les moyens de le faire. C’est faux. Il est tout disposé à étendre son autorité à tous les lieux qui seraient évacués par l’armée syrienne et il est parfaitement en mesure d’imposer aux réfugiés palestiniens et l’ordre libanais et le respect des lois libanaises. Quant à nous, nous sommes prêts à lui donner tout notre appui, et à lui livrer nos armes. Mais nous ne ferons pas bouger d’un pouce notre dispositif de défense tant qu’il restera sur le sol libanais une force armée étrangère.
 
  Est-il indispensable de continuer à jouer au petit soldat ? Il y a dans les pays du Moyen-Orient, bien plus difficile à faire, et beaucoup plus prestigieux : arracher l’homme au sous-développement en le délivrant de la condition de sujet à laquelle il est réduit depuis l’origine des temps, implique beaucoup plus d’audace qu’il n’en faut pour jouer les Napoléon dans les rues de Beyrouth et d’ailleurs.

   Toujours en quête d’absolu, l’homme du Moyen-Orient se laisse facilement envoûter par les mirages. Un grain de rationalité lui permettrait de mieux trouver ce qu’il cherche sans se laisser manger par la guerre. Le Moyen-Orient a aujourd’hui besoin d’un héros, un héros qui pourrait lui faire l’économie d’une révolution.

  Excellences, Mesdames et Messieurs, ne m’en veuillez pas trop de vous avoir laissé pénétrer dans ce bazar oriental où l’on se dispute tant ! Les habits chamarrés dissimulent mal là l’uniformité qui gouverne les cœurs et les esprits, et l’homme qui se détache dans la somptuosité du décor est un être pauvre et asservi.

  Le Liban c’est autre chose. Après la traversée du désert, c’est la montée vers les cimes. Enserrée dans un territoire d’un peu plus de 10.000 km2, une population de 3.300.000 personnes ressortissant de 16 communautés religieuses différentes, a choisi la liberté. Mais l’exercice de la liberté est périlleux, d’autant plus que pour les Etats voisins du nôtre, il risque d’être contagieux à leur population. En Orient, l’exercice de la liberté, c’est encore une aventure, et c’est pourquoi, refuser de disparaître dans le creuset d’un système qui n’existe que pour l’asservissement de l’homme, nous vaut d’être l’objet, chaque quelque temps, d’une expédition punitive.

  Pays dépourvu de ressources naturelles, environnement hostile, le Libanais est sans cesse sollicité par les défis. Beau joueur cependant, il prend un malin plaisir à les relever, et même, bien souvent, à doubler la mise dans un permanent corps à corps avec une sévère fatalité. 

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