From Lebanese Forces Official Website

International News
L'émissaire de l'ONU privé de Liban
By PHILIPPE REGNIER - Le Soir
Sep 18, 2008 - 6:17:37 AM

LE DIPLOMATE belge venait d'être nommé par l'ONU au Liban. Il réapparaît à un poste clé : la Géorgie, en crise.

Une grande discrétion a entouré la promotion d'un Belge dans les plus hautes sphères de l'Organisation des Nations unies. Cette retenue semble découler de l'extrême prudence qui s'est emparée de l'institution mondiale, alors que l'ONU est de plus en plus souvent la cible d'attaques ou de menaces et doit protéger ses émissaires. Quitte à déplacer ceux-ci de Beyrouth à Tbilissi…

L'ambassadeur Johan Verbeke, ex-représentant permanent de la Belgique au siège des Nations unies à New York, a été nommé le 4 août « bras droit » du secrétaire général de l'Onu Ban Ki-moon pour la Géorgie.

Un poste stratégique : quatre jours plus tard, une crise majeure éclatait entre Tbilissi et Moscou, qui allait focaliser l'attention de tous sur cette région du monde.

La désignation de M. Verbeke est toutefois passée quasi inaperçue, au point qu'une partie du corps diplomatique belge ignore encore la nouvelle fonction de celui qui fut ambassadeur aux Nations unies jusqu'en avril – l'un des postes les plus en vue, d'autant que la Belgique siège pour deux ans au Conseil de sécurité de l'ONU, son organe exécutif.

Le 5 août, un communiqué officiel du secrétaire général annonce la nomination de Johan Verbeke au poste de représentant spécial du secrétaire général pour la Géorgie. Le diplomate belge est aussi désigné chef de la Mission d'observation des Nations unies (Monug) dans ce pays, plus précisément en Abkhazie prorusse, depuis autoproclamée indépendante avec l'appui de Moscou. Le même communiqué signale la désignation du Britannique Michael Williams au poste de coordonnateur spécial de l'ONU pour le Liban. Mais ce que la communication officielle, qui retrace en détail la (longue) carrière des deux diplomates, omet de signaler, c'est que M. Williams succède au Liban à Johan Verbeke.

Le 12 avril dernier, le ministère belge des Affaires étrangères annonçait, non sans une pointe de fierté, la nomination par Ban Ki-moon de l'ambassadeur de Belgique à l'ONU au poste de coordonnateur spécial pour le Liban « avec le rang de secrétaire général adjoint » des Nations unies.

Le ministre Karel De Gucht a « salué » la promotion de celui qui fut le chef de cabinet de son prédécesseur (Louis Michel) et en poste au pays du Cèdre au début des années 80. Bruxelles soulignait que la Belgique se voyait octroyer avec Johan Verbeke une « nouvelle fonction de premier plan » dans le système des Nations unies, aux côtés de Peter Piot (à Onusida) et de Serge Brammertz (procureur auprès du tribunal pénal pour l'ex-Yougoslavie). Johan Verbeke succédait au diplomate norvégien Geir Pedersen. Las ! L'envoyé spécial pour le Liban n'a jamais pu vraiment exercer sa mission.

Le 4 juin, Johan Verbeke arrive à Beyrouth, signale l'ONU à l'époque, soit quelques jours après l'élection, le 26 mai, du nouveau président libanais Michel Sleimane, à l'issue d'une interminable crise politique. L'émissaire de l'ONU est notamment chargé de l'application de l'accord de cessez-le-feu qui avait mis fin à la guerre lancée par Israël contre le Hezbollah libanais à l'été 2006 et organisé le déploiement de Casques bleus de l'ONU, un contingent auquel la Belgique contribue. M. Verbeke devait immédiatement entamer une série de rencontres avec les officiels libanais.

Le 24 juillet, un correspondant de presse basé à New York, au siège des Nations unies, interroge la porte-parole de Ban Ki-moon au sujet d'informations en provenance du Liban où certains s'inquiètent de la faible visibilité du coordonnateur sur le terrain.

Michèle Montas, la porte-parole, répond que M. Verbeke « a dû rentrer pour des raisons personnelles, des raisons familiales » mais qu'il est bel et bien toujours coordonnateur spécial pour le Liban. Le 1er août, jour de l'annonce à la presse à New York de la nouvelle attribution de Johan Verbeke, la porte-parole est interrogée sur le motif de ce transfert : pour des « raisons personnelles » ou parce que le diplomate n'aurait pas été en sécurité au Liban ? Michèle Montas répond laconiquement : « Je ne suis pas au courant des détails ». Aujourd'hui, à New York, l'explication n'est pas plus précise : « Les nominations (…) relèvent des prérogatives du secrétaire général, qui a jugé que la nomination de M. Verbeke en Géorgie était une bonne manière d'assurer que notre représentation là-bas reste forte en ce moment crucial. Nous ne commentons pas les questions de sécurité, c'est une politique générale, et ne pouvons dès lors pas confirmer les informations sur le Liban. »

A Beyrouth, même discours : « L'ambassadeur Verbeke a effectivement quitté le Liban plus tôt cet été pour des raisons familiales, avant d'être désigné (pour) la Géorgie en ce moment crucial », indique Pascale Kassis, au bureau de Michael Williams.

Plusieurs sources sûres indépendantes de l'ONU confirment l'existence de menaces répétées et personnalisées à l'encontre de M. Verbeke. Celles-ci émaneraient d'« extrémistes fondamentalistes islamistes ».

Au cours de son mandat de membre non permanent au Conseil de sécurité, la Belgique – et son ambassadeur aux Nations unies – a présidé les comités des sanctions du Conseil de sécurité contre l'Iran et contre Al-Qaïda, les talibans et les personnes et entités qui ont des liens présumés avec ces deux dernières mouvances – une longue liste établie sur la base de critères parfois jugés peu solides et considérée comme partiale par une partie du monde arabo-musulman.

L'ONU est légitimement obnubilée par les questions de sécurité, et multiplie les mesures de précaution. Le personnel de l'ONU reste traumatisé par l'attentat contre le quartier général de l'ONU à Bagdad en août 2003. L'attentat avait fait 22 morts, dont l'envoyé de l'ONU en Irak Sergio Vieira de Mello. En décembre 2007, un attentat visait l'ONU en Algérie, faisant 18 morts parmi ses employés. Dimanche dernier encore, trois employés de l'ONU ont été tués en Afghanistan. « En matière de politique de sécurité, les Nations unies sont devenues un peu plus prudentes… », relève un expert.

Le « Machin », comme disait le général De Gaulle, ne peut pas davantage céder aux menaces infâmes, en tout cas ne pas en donner l'impression : voilà vraisemblablement pourquoi le « transfert » de Johan Verbeke a été annoncé en mode mineur, et pas avant qu'un successeur de premier plan ne lui ait été trouvé ainsi qu'une nouvelle affectation pour le diplomate belge. Michael Williams a lui-même occupé dans le passé la fonction de coordonnateur spécial de l'ONU pour le processus de paix dans la région, de conseiller spécial du secrétaire général pour le Moyen-Orient avant d'occuper des fonctions similaires pour Londres.

Aujourd'hui, Johan Verbeke se trouve à New York, en attendant le départ, effectif à la fin du mois, de l'actuel diplomate français à la tête de la Monug, Jean Arnault. Le 8 septembre, M. Verbeke était à Moscou pour des entretiens avec le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, au moment de la rencontre Sarkozy-Medvedev. Au menu de la discussion : le déploiement possible de Casques bleus onusiens. « Le secrétaire général m'a demandé de m'occuper de la Géorgie précisément en raison de cette nouvelle conjoncture : c'est un dossier très chaud ici (à l'ONU) ou à Bruxelles (à l'UE), explique Johan Verbeke au Soir, sans vouloir s'exprimer sur l'épisode libanais. Je serai souvent à Tbilissi mais aussi en déplacement (…) pour participer aux développements politiques. » Notamment à Genève pour une conférence sur la Géorgie convoquée le 15 octobre par la Russie et la présidence française de l'UE. « L'ONU y jouera un rôle important », espère le nouvel émissaire.



© Copyright 2008 by Lebanese Forces Official Website